J'ai présenté l'étude de KPMG sur les chutes brutales de cours sur BFM Business.
La vidéo de l'interview peut être visionnée ICI
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samedi 3 novembre 2012
Par Jean-Florent Rérolle le samedi 3 novembre 2012, 08:18 - Actualité de l'évaluation
J'ai présenté l'étude de KPMG sur les chutes brutales de cours sur BFM Business.
La vidéo de l'interview peut être visionnée ICI
vendredi 2 novembre 2012
Par Jean-Florent Rérolle le vendredi 2 novembre 2012, 17:02 - Gouvernance
La crise a mis en lumière la désaffection croissante des investisseurs à
l’égard des actions. En France, le nombre d’actionnaires individuels ne cesse
de se réduire. D’après une étude
récente, ils ont diminué de 2 millions depuis la fin de 2008. Leur pourcentage
s’élève aujourd’hui à seulement 8,5% de la population âgée de 15 ans et
plus.
La succession de scandales financiers des
dix dernières années a probablement contribué à cette tendance. Elle a aussi
été nourrie par les débats délétères sur les conflits d’intérêts dans les conseils ou sur les
rémunérations des dirigeants de sociétés non performantes. La classe politique
n’a pas manqué d’exploiter la situation et des réglementations toujours plus sévères ont été mises
en place bien que, historiquement, leur efficacité se soit révélée douteuse.
Le bilan de la décennie qui vient de s’achever est terrible pour
l’actionnaire : de 2002 à 2011, les
primes de risque par rapport aux obligations d’Etat et aux émissions
obligataires des entreprises ont été négatives (respectivement de -1,4% et de
-5,7%) alors que dans une logique de risque / rentabilité, elles auraient due
être positives. Elles le demeurent cependant sur longue période (respectivement
de 3 et de 5,9% sur la période 1900-2011), mais force est de constater qu’elles
diminuent avec le temps.
Ce constat n’est pas propre à la France. Il est également fait aux
Etats-Unis et c’est ce qui a motivé le livre de Baruch Lev, Winning
investors over : surprising truths about honesty, earnings guidance and
other ways to boost your stock price. Professeur de comptabilité et de
finance à la New York University ‘s Stern
School of Business, il fait partie des meilleurs spécialistes américains de
l’économie immatérielle. S’appuyant
largement sur les résultats d’une recherche académique trop souvent négligés ou
ignorés par les praticiens, son livre fourmille de conseils sur les bonnes
pratiques que les entreprises cotées devraient adopter pour retrouver et
maintenir la confiance des investisseurs.
Baruch Lev s’attache tout d’abord à tuer un mythe qui a la vie dure :
le soi-disant court termisme des marchés dénoncé par beaucoup d'acteurs
économiques et politiques français ou
étrangers (voir par exemple les travaux réalisés au Royaume-Uni par la
commission présidée par John
Kay). On confond trop souvent durée de détention et mode de détermination
de la valeur de l’action. Si la première tend effectivement à se réduire, les
études académiques montrent que le second repose avant tout sur les attentes à
long terme des investisseurs et, plus particulièrement, des plus sophistiqués
d’entre eux (pour reprendre l'expression de Joël
Stern: les lead steers). Ce sont plutôt
les entreprises qui se laissent facilement piéger par des réactions ou des
actions court termistes (voir à cet égard l'article
d'Alfred Rappaport : The Economics of Short-Term Performance Obsession).
Et une étude récente a montré que ce sont
les propos court termistes des entreprises qui attirent les actionnaires les
plus enclins à prendre leurs décisions à court terme.
Cela ne veut pas dire que le court terme doive être négligé. Les
investisseurs ont besoin d’être rassurés sur le fait que l’entreprise est bien
sur la trajectoire stratégique qu’elle avait défini (on sait qu'une déception
en la matière est une des causes les plus fréquente d'une chute brutale du cours de bourse) : c’est la
fonction des indications régulières (la « guidance » aux Etats-Unis ou "Communications portant sur des données financières
estimées" en France ) qui sont données au marché sur le niveau d’activité
ou les performances attendues à court terme.
L’objectif est de fournir au marché suffisamment d’informations financières
et non financières pour permettre au cours d’être proche de la valeur
fondamentale de l’entreprise en rassurant les investisseurs sur la capacité de
l'entreprise à respecter la feuille de route qu'elle s'est elle-même imposée.
Si une sous-évaluation est à éviter, une survalorisation est à proscrire. Il ne faut pas
chercher à "booster" son cours (et le sous-titre de l'ouvrage de Baruch Lev est
de ce point de vue assez mal choisi), mais à faire en sorte qu'il exprime des
attentes que l'entreprise pourra satisfaire sur le long terme. Et si on
s’aperçoit que l’on va manquer le consensus, mieux vaut le faire savoir tout de
suite plutôt que d’attendre la dernière minute ou, encore pire, d’essayer de
masquer cette situation par des manœuvres désespérées ou des manipulations
comptables.
Pour Baruch Lev, la gestion des relations avec les investisseurs ne se
résume pas à la communication financière. Des initiatives beaucoup plus
concrètes sont à entreprendre qui toutes consistent à mettre en place des
procédures, une organisation ou des règles qui permettent à l’entreprise de
créer de la valeur à long terme et de révéler honnêtement aux investisseurs les
progrès ou les échecs, qu’ils soient dus respectivement aux mérites ou aux
insuffisances du management ou qu’ils soient imputables aux
circonstances.
De nombreux thèmes sont ainsi traités dans cet ouvrage : la nécessité
de rendre plus tangible la « soft information » (qui ne se confond
pas avec l'information non financière : voir l'article de Petersen,
Information : hard and soft),
la stratégie à suivre face à une attaque menée par des actionnaires activistes, la mise en place
d’indicateurs internes liés à la création de valeur qui serviront par la suite
à l’information des actionnaires, les modes d’alignement des intérêts des
dirigeants sur celui des actionnaires, l’impact des décisions financières sur
la valeur de l’entreprise, l’intérêt (considéré comme secondaire par l’auteur)
des politiques de responsabilité sociale,
l’apport d’une bonne gouvernance à la diminution du risque de
l’entreprise.
Malgré la richesse de ses recommandations, le livre de Baruch Lev manque
cependant de développements sur une question essentielle si l’on veut gérer
convenablement les attentes des investisseurs : comment apprécier le degré
d’alignement de la valeur boursière sur la valeur fondamentale ? L’auteur
traite de manière particulièrement simpliste cette question essentielle en
proposant d’identifier une mauvaise évaluation des titres d’une entreprise par
le marché à partir de comparaisons de multiples avec les concurrents ou en se
reposant sur la dispersion des estimations des analystes. C'est un peu ...
rudimentaire !
En fait, la réponse à cette question suppose deux approches complémentaires
complexes. La première consiste pour une direction générale (et un conseil
d’administration) à avoir une véritable conviction sur la
valeur de l’entreprise. Comme l’écrit Pierre-Noël Giraud, la finance est un
« commerce de promesses » (Le
Vernimmen adopte le même point de vue lorsqu'il présente le directeur financier
comme "un vendeur de
titres"). Encore faut-il savoir ce que l’on peut promettre sur le long
terme. Concrètement, cela consiste à évaluer l’impact sur la valeur des
différents scénarios d’évolution en faisant travailler plus étroitement la
direction de la stratégie et la direction financière au moment de l'élaboration
du plan. Les travaux effectués annuellement pour les
tests de pertes de valeur sont également une occasion pour se livrer à cet
exercice.
La seconde approche consiste à analyser les attentes des investisseurs. Il
s’agit d’une part d’identifier les hypothèses implicitement contenues dans le
cours de bourse (croissance, rentabilité économique, durée de l’avantage
concurrentiel, coût du capital…) par une approche de « reverse
engineering » et, d’autre part, d’interroger les grands investisseurs
pour comprendre leur vision du business model de l’entreprise et des paramètres
non financiers qui compte dans l’élaboration de leurs anticipations.
C’est après avoir comparé la conviction du management et les anticipations des actionnaires qu’une entreprise peut déterminer sa stratégie de création de valeur à long terme et la communiquer à ses actionnaires actuels et futurs. Une bonne communication est nécessaire, mais elle est vaine, voire dangereuse, si elle ne s’inscrit pas dans un véritable marketing du titre, c’est-à-dire un souci de déterminer un positionnement financier qui puisse être effectivement tenu dans la durée. La confiance des actionnaires en dépend.
lundi 15 octobre 2012
Par Jean-Florent Rérolle le lundi 15 octobre 2012, 22:09 - Actualité de l'évaluation
La gravité de la crise économique et financière a engendré une crise de
confiance réciproque entre les actionnaires et les entreprises. Dans certains
cas, une perte de confiance peut être brutale et se manifester par un
décrochage important et durable du cours de bourse. KPMG a analysé la
fréquence, la durée et les raisons de ces mouvements dans une étude parue
aujourd'hui sur le risque
actionnarial et présentée par les Echos
(téléchargeable).
Sur un échantillon de 348 sociétés françaises cotées de l’indice du CAC All
Tradable*, près de 1827 chutes de cours de plus de 20% par rapport à l’indice
sur une période de vingt jours de bourse ont été observées durant les cinq
dernières années. 86,5% des entreprises cotées ont connu au moins un décrochage
boursier de cette ampleur et 51,7% ont été affectées au moins quatre
fois.
Plus l’entreprise est petite en termes de capitalisation boursière, plus
elle est susceptible de connaître de tels mouvements brutaux, mais les grandes
entreprises ne sont pas épargnées : 64,4% des 87 entreprises les plus
importantes du CAC All Tradable (25% de l’échantillon) ont connu une chute de
leurs cours de 20% durant ces cinq années.
Sur la même période, 493 chutes de plus de 30% ont été enregistrées,
affectant presque une entreprise sur deux (48,6%). Le graphique suivant montre
le pourcentage de sociétés ayant subi au moins un et au moins deux décrochages
de 30% par rapport à l'indice durant la période d'observation.
Le
premier bâton représente l'échantillon total. Les quatre suivants représentent
les quartiles de l'échantillon classés par capitalisation
décroissante.
Les secteurs de la technologie et des biens de consommation sont les plus
sujets à ces décrochages brutaux. L’importance du capital immatériel dans ces
secteurs, la fréquence et la rapidité des ruptures technologiques peuvent
expliquer cette vulnérabilité.
Si on observe les causes apparentes des décrochages de plus de 30% qui ont
affecté les trois quarts des plus grandes entreprises du panel (soit 207 chutes
observées), 52% sont imputables à la perception d’une altération de la
trajectoire stratégique (croissance plus faible que prévue, rupture
technologique, réduction des marges ou gestion déficiente du portefeuille
d’activité), 32% à des décisions financières anxiogènes qui peuvent cacher des
faiblesses stratégiques et 16% à des dysfonctionnements dans l’exécution
stratégique ou la gouvernance. L’importance respective de ces causes est
variable selon le secteur d’activité.
Les chutes se concentrent sur les trois derniers mois de l’année pour la
majorité des entreprises françaises. Durant cette période, les informations sur
les performances annuelles de l’entreprise commencent à être connues ou
anticipées et les gérants de portefeuille procèdent aux premiers arbitrages de
fin d’année.
Ce phénomène de perte de confiance s’avère durable puisqu’il faut en moyenne
près de 9 mois pour retrouver le niveau de l’indice après une chute de 20% et
près de 11 mois pour les décrochages de 30%. La longueur de ce rétablissement
favorise l’apparition d’autres phénomènes négatifs qui s’ajoutent et
auto-entretiennent le décrochage : par exemple, la distraction managériale
ou la dégradation du climat social hypothèquent la reprise et augmentent le
risque financier.
L'article des Echos titre "le décrochage boursier : un écueil
inévitable". Certes, le risque actionnarial est fréquent. Mais les entreprises
peuvent l'éviter. De discussions approfondies avec des investisseurs, il
ressort que la cohérence des signaux, c’est-à-dire des discours et des
comportements, est essentielle au maintien de la confiance. Les investisseurs
valorisent davantage la trajectoire stratégique que les résultats immédiats. La
grande leçon est que les entreprises ne doivent pas se laisser intoxiquer par
la tyrannie du court terme. La volatilité d'un cours est inévitable, mais
l’entreprise peut favoriser son alignement avec sa valeur à long terme en
adoptant une démarche structurée de création de valeur et en communiquant
davantage sur sa stratégie et son business model.
dimanche 30 septembre 2012
Par Jean-Florent Rérolle le dimanche 30 septembre 2012, 08:06 - Gouvernance
Avec la persistance et l’approfondissement de la crise économique, la
responsabilité sociale (*) est écartelée entre deux logiques. La première est
positive et résulte du débat qui s’est engagé sur l’avenir du
capitalisme : nos modèles économiques et sociaux doivent être radicalement
repensés et les problématiques de durabilité (**) sont probablement centrales
dans la rénovation qui s’annonce. La seconde est négative : si la solution
de nos problèmes ne peut venir que de la croissance, il est essentiel de donner
la priorité à la compétitivité de nos entreprises et donc de s’assurer que les
investissements sont rentables et, qu’ils le soient très vite.
Pour être légitime, le développement durable ne peut échapper à une logique
de rentabilité. Or, d’un point de vue actionnarial, le dossier n’est pas
pleinement convaincant. Heureusement, valeur financière et valeur durable ne
sont pas aussi antinomiques que l’on croit. Leur réconciliation passe par une
intégration plus claire du développement durable dans la stratégie des
entreprises et dans leur communication.
Du point de vue des actionnaires le développement durable n’est
pas pleinement convaincant.
Certes, des avancées considérables ont été accomplies:
Mais les analyses qui ont été effectuées sur l’impact de la performance ESG
sur la performance financière ne sont pas totalement conclusives, et les
interprétations sur le sens de la relation divergent : est-ce la
performance ESG qui permet la performance actionnariale ? Est-ce
l’inverse ? Ou bien, y a-t-il une synergie entre les deux ?
Dans une étude (People and profits? The search for a link between a company’s social and financial performance), portant sur 95 études empiriques réalisées entre 1972 et 2001, Margolis and Walsh écrivent :
“When treated as an independent variable, corporate social performance is found to have a positive relationship to financial performance in 42 studies (53%), no relationship in 19 studies (24%), a negative relationship in 4 studies (5%), and a mixed relationship in 15 studies (19%)”.
Dans une recherche (Does it pay to be
good) publiée ultérieurement, les mêmes auteurs concluent que l’impact de la
performance sociale sur la performance financière est positif mais
faible.
Selon une étude réalisée par l’Edhec en 2008,
« on ne dispose actuellement pas d’une base suffisamment solide pour pouvoir conclure que l’ISR génère une surperformance ».
Selon cette étude, la rentabilité de l’ISR ne semble pas supérieure à celle
du marché. De janvier 2002 à décembre 2007, les rentabilités des indices ISR
pour la France (5,82%), la zone Euro (6%) et l’Europe (4,71%) sont inférieurs à
ceux de l’indice SBF 250 (8,89%), au DJ Euro Stoxx (8,17%) et au DJ Stoxx
(6,93%). Seul la rentabilité d’indice ISR Monde dépasse le MSCI World et ce,
malgré un risque comparable ou supérieur.
Enfin, la tenue du débat n’est pas rassurante pour les actionnaires. Une
approche antagoniste domine : les intérêts des actionnaires sont opposés à
ceux des parties prenantes (voir par exemple le livre de Lynn Stout : The
Shareholder Value Myth: How Putting Shareholders First Harms Investors,
Corporations, and the Public). La dissociation apparente des enjeux
est illustrée par l’existence d’un rapport de développement durable
physiquement séparé de celui du rapport financier. En outre, les adeptes de
développement durable n’offrent pas de solutions claires pour rendre les
arbitrages qui découlent nécessairement des conflits entre les différents
intérêts. Ce défaut est d’autant plus apparent que l’idéologie actionnariale
s’est, elle, construite autour d’un concept très facile à mettre en
œuvre : la valeur actuelle nette des projets d’investissement (Voir
l'article de Jensen : Value Maximization,
Stakeholder Theory, and the Corporate Objective Function). Enfin, les
motivations d’une politique de développement durable apparaissent peu claires
et souvent déconnectés de tout objectif de performance ou
d’efficacité.
Les entreprises semblent incapables de démontrer de manière convaincante que
la durabilité est bonne pour la performance actionnariale.
Pourtant, le cadre intellectuel des investisseurs est tout à fait
compatible avec celui de la RSE car ils prennent leurs décisions
essentiellement en fonction d’informations non financières sur le long
terme.
N'en déplaise aux tenants du mythe du "short termism", la valeur boursière
d’une entreprise dépend avant tout des attentes à long terme des investisseurs.
Selon Associés en Finance, depuis 2005, la
part de la capitalisation boursière représentée par les 10 premières années de
flux de trésorerie actionnaires s’élève en moyenne à 64%. Il y a donc 36% de
cette valeur qui est attendue au delà de 10ans. Baruch Lev pour sa part montre que seule la moitié
de la valeur des entreprises est explicable par leur situation nette et le
résultat estimé de la première année. Il en conclue que l’autre moitié est
expliquée par des facteurs à long terme (voir
Winning Investors Over: Surprising Truths About Honesty, Earnings Guidance, and
Other Ways to Boost Your Stock Price). Enfin, comme le montrent les modèles
d’évaluation financière classique, la valeur totale d’une entreprise repose
très largement sur sa valeur
terminale.
Pour déterminer la valeur à long terme, les investisseurs ne disposent pas
de données financières. Ils font des paris sur la trajectoire stratégique de
l’entreprise sur la base des promesses du management (voir le livre de Pierre Noël Giraud : Le Commerce des
promesses : Petit traité sur la finance moderne). Deux éléments sont
essentiels à cet égard :
• D’une part, la capacité de l’entreprise à créer et maintenir des avantages
compétitifs à long terme (Voir Competitive
Advantage: Creating and Sustaining Superior Performance de Michael Porter).
Un avantage compétitif, c’est la possibilité de pouvoir dégager une rentabilité
supérieure au coût du capital sur son actif économique (Voir mon article : "La création de valeur dans une
économie connectée" paru en septembre 1998 dans la Revue Analyse
Financière).
• D’autre part, la solidité du business model (Voir Do Some Business Models Perform Better than Others? A
Study of the 1000 Largest US Firms de Weill, Malone, D’Urso, Herman et
Woerner), son adaptabilité, sa capacité à tirer parti le plus intelligemment
possible de son écosystème (tant il est vrai que le développement des
entreprises passe par une perméabilité croissante de ses frontières avec des
partenaires dans une logique de « coopétition »).
Cette approche est confirmée par une étude récente (A paraître) de KPMG
Corporate Finance sur les crises de confiance boursières qui se manifestent par
des décrochages brusques du cours de bourse par rapport à l’indice. Ces chutes
brutales s’expliquent majoritairement par des éléments liés à la trajectoire
stratégique à long terme où à des dysfonctionnements graves dans l’exécution
stratégique qui conduisent les investisseurs à réviser leurs attentes à long
terme.
Pour construire leurs attentes, les investisseurs doivent dépasser un cadre
d’information suranné (voir par exemple l’analyse du FRC : Louder than words) : l’information délivrée
aujourd’hui est complexe, technique, jargonnesque. Elle est aussi trop
volumineuse pour être utile : elle privilégie la quantité à la qualité et
la pertinence. Elle est inadaptée aux besoins car elle est essentiellement
historique et financière et ne traduit que très imparfaitement la valeur des actifs intangibles.
Enfin, elle est fragmentée entre financier et développement durable sans qu’à
aucun moment une tentative de rapprochement ne soit faite.
Pour être légitime d’un point de vue actionnarial, la RSE doit
donc être intégrée dans la stratégie opérationnelle de l’entreprise et dans sa
communication financière.
Il faut repenser l’autonomie de la politique de développement durable en en
faisant un réel volet de la stratégie. Dans le cadre du plan stratégique, le
management doit identifier les impacts de la chaîne de valeur de l’entreprise
sur les communautés ou ses partenaires (voir Strategy and Society, The Link Between Competitive
Advantage and Corporate Social Responsibility de Michael Porter and Mark
Kramer, HBR Décembre 2006). De manière symétrique, il doit analyser quelles
sont les influences, positives ou négatives auxquelles l’entreprise peut être
soumises ou dont elle peut bénéficier.
Sur cette base, les entreprises doivent définir les politiques ou les
initiatives qui contribuent le plus fortement aux avantages compétitifs
qu’elles veulent créer, ou qui sont les plus protectrices de leur business
model. Un travail de cette nature doit aboutir à la sélection d’un nombre
réduit d’initiatives qui pourront être différentes d’une unité stratégique à
l’autre, en fonction de leurs caractéristiques stratégiques ou de leur
localisation. Les mesures de performance à mettre en place ne peuvent donc pas
être génériques. Les volontés de standardisation ou de normalisation de ces
mesures sont louables mais peu opérationnelles dans cette vision.
Créer une valeur durable (ou une valeur partagée –« shared value »- pour reprendre l’expression de
Michael Porter ) n’est pas suffisant pour avoir un impact positif sur le cours
de bourse. Encore faut-il le faire savoir. L’Integrated reporting est un
concept très prometteur de ce point de vue. Fruit d’une initiative conjointe du GRI et de « Accounting for Sustainability », il vise à présenter
au marché, sous une forme synthétique, la façon dont l’entreprise compte créer
de la valeur sur le long terme (Voir le Discussion Paper de l'IIRC, ‘Towards Integrating Reporting – Communicating Value in
the 21st Century). Ses promoteurs invitent les dirigeants à présenter leur
business model, les risques potentiels majeurs auquel il fait face, les
stratégies envisagées pour les gérer, la stratégie de développement du capital
économique et humain, les objectifs à court, moyen et long terme, les liens
entre les mesures de performance non financières et la valeur (Voir le livre
« The landscape of integrated reporting,
reflections and next steps).
La mise en place du reporting intégré est vertueuse car elle oblige les entreprises à être claires sur leur stratégie et les caractéristiques de leur business model :
Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément. (Nicolas Boileau)
La RSE est une idée prometteuse à condition de l’intégrer dans le paquet de
promesses que fait le management à ses investisseurs actuels et futurs. Mais, à
l’inverse de la politique, en économie, il vaut mieux tenir ses promesses … le
réalisme, le pragmatisme et l’honnêteté sont les conditions de la survie et de
la prospérité.
(*) Le terme responsabilité sociale des entreprises (RSE) est définie par la Commission Européenne comme « a
concept whereby companies integrate social and environmental concerns in their
business opérations and in their interaction with their stakeholders on a
voluntary basis »
(**) Le concept de développement durable fait l’objet de nombreux débats sémantiques depuis le rapport Brundtland. Il n’est pas très éloigné de celui de RSE surtout lorsqu’il s’applique à l’économie et les deux expressions seront utilisées de manière équivalente tout au long de cet article
lundi 23 avril 2012
Par Jean-Florent Rérolle le lundi 23 avril 2012, 21:55 - Gouvernance
Le Rock Center for Corporate Governance
de la Stanford's Graduate School of
Business vient de mettre en ligne un glossaire des termes de gouvernance
d'entreprise. Très utile. On peut en downloader un exemplaire déjà formaté
ICI.
On rappelle que ce centre est dirigé par David Larcker dont on a présenté l'excellent ouvrage (incontournable pour tous ceux qui s'intéressent à la gouvernance) sur ce blog.
jeudi 19 avril 2012
Par Jean-Florent Rérolle le jeudi 19 avril 2012, 07:34 - Gouvernance
Depuis 8 ans, j'ai le plaisir d'animer un séminaire à SciencesPo sur la Gouvernance Financière, autre façon de dire le
"Gouvernement d'entreprise". Ce cours est accompagné d'un blog dédié sur lequel les
étudiants retrouvent les lectures à
effectuer pour chaque séance et diverses informations comme la biographie des
invités qui viennent régulièrement partager
leur expériences de manière très concrète.
La dernière séance est l'occasion de
faire une synthèse des thèmes les plus importants (la présentation est
téléchargeable ICI).
Le sujet se caractérise en effet par des concepts et des idées
foisonnantes.
Quels sont les débats les plus structurants ?
Integrated Reporting brings together the material information about an organization’s strategy, governance, performance and prospects in a way that reflects the commercial, social and environmental context within which it operates. It provides a clear and concise representation of how an organization demonstrates stewardship and how it creates value, now and in the future. Integrated Reporting combines the most material elements of information currently reported in separate reporting strands (financial, management commentary, governance and remuneration, and sustainability) in a coherent whole, and importantly: • shows the connectivity between them; and • explains how they affect the ability of an organization to create and sustain value in the short, medium and long term.
La mise en place de cet integrated reporting va obliger les directions
générales et les conseils (qui sont responsables de la pertinence de
l'information donnée au marché) à se poser des questions très complexes :
quels est notre business model ? en quoi nous permet-il de créer de la
valeur ? quels sont ses risques? comment allons nous les prévenir ?
Quels sont les mesures de performances non financières et financières à long
terme retenues ? quels sont leurs liens (en quoi le non financier
participe-t-il à la performance financière ? etc. Quelle magnifique
opportunité pour les conseils de se pencher sur des questions éminemment
stratégiques et de mieux cerner les enjeux de leur entreprise !
dimanche 12 février 2012
Par Jean-Florent Rérolle le dimanche 12 février 2012, 15:24 - Gouvernance
Comment expliquer que malgré la prolifération des codes de bonne gouvernance, la pression des organismes professionnels et des firmes de proxy pour leur adoption, l’attention croissante du
législateur et des régulateurs (voir ICI,
ICI et ICI) quant à leur application, les organes de
direction de grandes institutions financières se soient montrées si incompétentes ou impuissantes durant la crise que
nous venons de traverser ?
La raison profonde de cette situation doit plus être recherchée dans la
dynamique humaine des conseils que dans leur organisation, leurs processus de
travail ou leur composition. C’est le point de vue de Simon Wang, un des dirigeants de « Governance for Owners, résumé dans McKinsey Quaterly
de juin 2011 (Board : When best pratice
isn’t enough ) et développé dans un papier que l’on trouvera sur le site de
SSRN (Elevating Board Performance: The
Significance of Director Mindset, Operating Context, and Other Behavioral and
Functional Considerations).
Quels sont les éléments clés qui permettent d’avoir une bonne dynamique
humaine ? Wong en identifie six :
1. les administrateurs doivent se comporter comme des
propriétaires.
On parle actuellement beaucoup de l’engagement des actionnaires. Il faudrait surtout
que ce soit les administrateurs qui s’engagent ! Nous l’écrivions dans le
vade-mecum de
l’administrateur : « il ne serait pas sain de rejoindre un
conseil dans le seul but d’en retirer des satisfactions personnelles. En effet,
ces motivations doivent être dépassées par l’ambition de mettre ses compétences
et son expérience au service de l’entreprise. Il s’agit d’une condition
indispensable pour développer une véritable affectio societatis au cours du
temps » . Pour développer cette passion pour l’entreprise dont on est
administrateur, il faut probablement dépasser la conception actuelle du rôle
d’administrateur contrôleur pour adopter une démarche d’administrateur-conseil
(voir mon post La gouvernance :
réducteur de risque ou facteur de progrès ?, évolution qui dans bien des cas
devrait se traduire par des performances meilleures pour l’entreprise (voir
« The costs of intense board monitoring
»). Cela suppose que l’administrateur soit impliqué dans les choix
stratégiques et le contrôle des risques, et qu’il n’hésite pas à exprimer ses
désaccords avec le management
2. Les administrateurs doivent connaître réellement, intimement leur
entreprise.
Cela n’est pas facile car ils ne s’y rendent que de manière épisodique et
n’ont généralement pas accès aux niveaux inférieurs de la hiérarchie. Les
informations qui leur sont délivrées ont été longuement préparées avec un
objectif, celui de recueillir leur accord. Donc l’information venant de
l’exécutif n’est forcément pas objective ! Une stratégie d’acquisition de
l’information pertinente doit être mise en place. On trouvera dans le chapitre 2 du « Vade mecum de
l’administrateur » un certain nombre de conseils pour optimiser cette
recherche.
3. Les administrateurs doivent être prêts à « retrousser leurs
manches ».
La plupart d’entre eux voient leur rôle comme celui d’un contrôleur distant
qui ne doit (ou ne peut) se concentrer que sur les processus. Dans bien des
cas, ils partent du principe que s’intéresser au fond serait non seulement une
immixtion dans le management opérationnel, mais aussi une gageure tant les
questions à traiter peuvent être complexes. Un exemple récent de cet état
d’esprit nous est fourni à l’occasion de la mise en place les nouvelles
dispositions réglementant les compétences des comités d’audit. La loi prévoit
que ceux-ci sont chargés d’ « assurer le
suivi de l’efficacité des systèmes de contrôle interne ». Tous les groupes
de travail de place qui se sont penchés sur les modalités pratiques de ces
dispositions ont soigneusement limité les pouvoirs des comités pour éviter
qu’ils ne prennent des initiatives sur le fond des choses (voir mon post
« pour l’AMF, le comité d’audit porte bien
son nom »).
Soyons clairs : les administrateurs ne peuvent pas être pertinents sans
travailler beaucoup et s’intéresser bien souvent aux détails des problématiques
qu’ils sont amenés à traiter. Si de nombreux domaines doivent incontestablement
demeurer sous l’autorité des dirigeants, certains doivent donner lieu à une
implication renforcée des administrateurs : la stratégie, la maîtrise des
risques, la sélection et la rémunération des dirigeants, le dialogue avec les
investisseurs. Cela conduit naturellement à poser la question de la
rémunération qu’ils sont en droit d’attendre d’un tel engagement et celle, plus
difficile, du cumul des mandats (car on voit
mal comment on peut s’impliquer sérieusement lorsque l’on est administrateur de
plusieurs sociétés cotées).
4. Le CEO doit être animé d’un esprit collaboratif à l’égard de son
conseil.
Trop souvent, le dirigeant va avoir tendance à manipuler ce dernier en
tirant parti de l’asymétrie d’information dont il bénéficie. Souvent
inconsciente, cette pratique est justifiée (non sans une certaine mauvaise foi)
par des arguments de confidentialité ou de compétence. Les administrateurs
doivent donc choisir un CEO ouvert, transparent et soucieux de leur permettre
d’apporter toute leur valeur ajoutée. Cet esprit collaboratif sera d’autant
plus facile à atteindre qu’ils se montreront engagés aux cotés des dirigeants
(voir le point précédent).
5. Le conseil doit défendre son autorité et son
indépendance.
Le danger se présente au fur et à mesure où le succès du dirigeant augmente.
La stature du CEO peut devenir intimidante pour beaucoup d’administrateurs et
donc les conduire à être moins vigilants et/ou moins résolus dans leurs
critiques. Et, pour sa part, le CEO peut progressivement penser que ses
administrateurs ne sont pas à la hauteur et qu’ils n’ont pas la connaissance
suffisante pour prétendre intervenir dans les choix majeurs de l’entreprise.
Pour Wang, le lead director ou l’administrateur référent ne sont pas des
réponses adaptées. Un véritable président du conseil, distinct et plus
expérimenté que le Directeur Général, permet un véritable équilibre et peut
donner plus d’assurance aux autres administrateurs.
6. Enfin, le conseil doit mieux s’organiser pour travailler sur ce
qui est prioritaire.
Ce point est plus organisationnel que comportemental. On se rapportera au vade-mecum de l’administrateur pour une description des méthodes et techniques qui permettent à l’administrateur de remplir ses fonctions avec toute l’efficacité attendue.
Wong propose donc aux conseils une véritable révolution intellectuelle et
comportementale. Les règles du « comply or
explain » sont devenues trop formalistes pour être efficaces. Leur
respect ne signifie nullement une bonne gouvernance. Il faut admettre que ce
qui se mesure bien n’est pas forcément révélateur de ce qui est bien. Les
rapports qui présentent des statistiques sur l’indépendance des
administrateurs, le nombre de réunions et l’âge du capitaine sont intéressants,
mais ne nous apprennent rien sur l’efficacité de la gouvernance.
De nouveaux indicateurs restent à découvrir .
dimanche 29 janvier 2012
Par Jean-Florent Rérolle le dimanche 29 janvier 2012, 13:49 - IFRS
Dans le cadre travaux d’audit pour la clôture 2011 une question essentielle
mobilise l’attention les directions financières et comptables et leurs
auditeurs : comment appréhender les tests
de perte de valeur (impairment tests) dans l’environnement économique
actuel ?
Chaque année, en vertu d'IAS 36, les entreprises doivent s’assurer que la valeur recouvrable de leurs actifs ou de leurs Unités Génératrices de Trésorerie (UGT) est supérieure à leur valeur comptable. Les normes IFRS définissent la valeur recouvrable comme la valeur la plus élevée entre :
Les entreprises ne sont pas obligées de calculer les deux et recourent plus
fréquemment à la première (Pour une présentation des méthodes d'évaluation
usuelle voir ce document)
Cependant, malgré les longs développements consacrés par IAS36 à la
définition de ces deux concepts, on constate dans la pratique une certaine
confusion dans leur application. C’est pourquoi il n’est pas inutile de
rappeler les différences qui existent du point de vue de l’évaluateur avant de
traiter des problématiques particulières de la clôture 2011.
Valeur d’utilité ou Juste valeur ?
Si l’on écarte les situations des UGT cotées pour lesquelles on dispose
d’une référence de cours (référence qui n’est acceptable que si les volumes
négociés sont suffisants) ou bien celles qui peuvent donner lieu à la
constitution d’un échantillon de sociétés similaires cotées (situation
également rare), la valeur d’utilité comme
la juste valeur sont déterminées par la méthode de l’actualisation des flux de liquidité disponibles futurs(méthode dite des DCF).
Dans les deux cas, le point de départ est le même : c’est le plan
d’affaires de l’UGT approuvé par le management. Mais ces prévisions ne peuvent
généralement pas être prises en l’état. Le respect des normes comptables impose
en effet des ajustements selon la valeur qui est calculée.
Pour le calcul de juste
valeur, les hypothèses de croissance, de marges ou d’investissements
doivent être acceptables du point de vue d’un investisseur de marché (le fameux
« market participant »). Ce dernier n’est pas vraiment défini dans la
réglementation comptable, mais il est clair qu’il s’agit d’un acteur extérieur
au management qui pourrait (hypothétiquement) racheter l’UGT. Le plan
d’affaires ne peut être utilisé tel quel que s’il peut être considéré par cet
investisseur, industriel ou fonds d’investissement, à la fois raisonnable et de
nature à maximiser la valeur de l’UGT. De même, pour le calcul de la valeur terminale, en particulier la croissance à
l’infini des cash flows, les paramètres retenus doivent être cohérents avec les
anticipations du marché. Si le management a une vision différente du marché,
son point de vue ne peut prévaloir dans le cadre de cet exercice.
Pour la valeur d’utilité, la norme impose d’écarter les
investissements de capacité et les restructurations non encore engagées, et
donc leurs effets éventuellement bénéfiques sur les résultats futurs, y compris
sur la valeur terminale. L’approche risque d’être assez théorique lorsque l’UGT
est dans un secteur qui se transforme rapidement et qui requiert des
investissements constants pour maintenir une position compétitive. En effet, si
le plan d’affaires se contente de maintenir les actifs actuels, il faut en
bonne logique prendre comme hypothèse un marché stable, exercice pour le moins
artificiel qui risque de plonger les managers dans un abime de perplexité
lorsqu’ils vont simuler cette situation dans leurs projections!
Aspect généralement trop négligé au profit d’une approche mécanique, le
taux d’actualisation doit être cohérent avec le profil de risque et le
calendrier des flux de l’UGT. Que l’on cherche à calculer la valeur
d’utilité ou la juste valeur, la perspective doit être celle du marché et elle
doit s’exercer sur les flux spécifiques de l’UGT. Il faut se poser la question
de savoir quelle serait l’exigence de rentabilité d’un acteur de marché compte
tenu de la séquence et du risque des cash flows de l’UGT. Dans la mesure où les
flux retenus pour la juste valeur et la valeur d’utilité sont différents et ont
théoriquement des profils de risque différents, les taux applicables devraient
l’être également.
Enfin, un processus d’évaluation rigoureux impose une comparaison entre
d’une part les valeurs calculées et, d’autre part, entre ces valeurs calculées
et la valeur de marché de l’entreprise. L’AMF encourage fortement les
entreprises à faire cet effort de réconciliation (voir la Recommandation AMF n°2011-16 en vue de l’arrêté des
comptes 2011). Cet exercice est considéré comme faisant partie des meilleurs
pratiques professionnelles. On peut ainsi lire dans le document de travail de l’AICPA « Accounting and Valuation guide –
testing Goodwill for impairment » qui fait actuellement l’objet d’une
procédure de consultation publique :
When a significant portion of the reporting entity is subject to fair value measurement, the task force believes a best practice in evaluating the reasonableness of the fair value measurements for an entity’s individual reporting units is to compare and explain differences between the aggregated sum of the fair value measurements of the entity’s reporting units to external fair value indications for the entire entity. Accordingly, if portions of the entity were not subject to fair value measurement, it may be necessary to estimate the fair value of those portions.
Dans ce cadre conceptuel, quels sont les points délicats soulevés par la
situation économique et financière actuelle ?
La question du taux d’actualisation
Le problème qui est souvent celui sur lequel se focalise l’attention des
professionnels est la détermination du taux d’actualisation. Dans le cadre de
la méthode des flux de liquidité disponibles, on utilise généralement le
Coût Moyen Pondéré du Capital (ou Weighted
Average Cost of Capital) qui est coût moyen pondéré des exigences de
rentabilité des actionnaires (coût des fonds propres) et des créanciers (coût
de la dette). Ce taux est cohérent avec les flux qui sont utilisés, à savoir
les flux de trésorerie disponibles à dette nulle (ou encore Free cash flow to
the firm).
La sélection des paramètres est
indissociable de l’analyse que l’on porte sur l’incertitude qui pèse sur
l’exécution du business plan de l’UGT. Pour l’année 2011, l’exercice est plus
compliqué parce qu’un certain nombre de points de repères ont
disparu.
Le taux sans risque : la première composante du coût des
fonds propres est le taux de l’actif sans
risque. Traditionnellement, on retient le taux de rendement des obligations
d’Etat à long terme. Celles-ci ne sont-elles pas censées être les actifs les
moins risqués sur le marché financier? La situation de la Grèce et la dégradation des notes des Etats-Unis ou de la France
remettent en cause cette approximation. Faut-il pour autant augmenter le taux
sans risque lorsque l’on évalue une UGT au Portugal par exemple ? La
réponse est négative. Pour une présentation détaillée de la problématique, on
se reportera à un post que j'avais fait au
mois d'aout dernier (Quel taux sans risque quand plus rien n'est sûr ?
).
La prime de risque de marché : certes, la chute des marchés
peut être interprétée comme une augmentation importante du coût du risque. Elle
peut aussi s’expliquer par une révision drastique des anticipations que les
actionnaires portent sur les flux de liquidités futurs. En tout état de cause,
dans une perspective de test de perte de valeur, il vaut mieux prendre une
perspective de long terme. Retenir une prime de
marché de 4,5 à 5,5% est cohérent avec le taux historique que l’on peut
observer sur les marchés occidentaux.
Le Bêta (qui représente la sensibilité de la rentabilité de l’UGT
aux variations du marché): dans bien des cas, le Bêta historique observé sur
les entreprises comparables est encore moins significatif que par le passé en raison de l’extrême
volatilité des marchés au cours des dernières années. Là encore, il importe
d’être pragmatique. Les Bêtas calculés doivent être analysés et éventuellement
corrigés en fonction des éléments qui l’affectent : le levier
opérationnel, des perspectives de croissance, la volatilité de la position
concurrentielle, la sensibilité du secteur à l’environnement économique, la
pression réglementaire, etc.
Le levier financier : Le coût moyen pondéré du capital prend
une hypothèse de levier financier qui permet d’évaluer la valeur des économies
fiscales futures générées par l’endettement de l’entité. Les praticiens
retiennent habituellement le levier des entreprises comparables. Ce choix est
très contestable. Rien ne permet de penser que l’entité puisse ou veuille
choisir un levier cible identique à celui du secteur (d’autant que la chute des
capitalisations boursières a facialement augmenté les leviers exprimés en
valeur de marché). Du point de vue de l’investisseur de marché, il est
nécessaire d’examiner la séquence des cash flows futurs propre à l’UGT et leur
niveau de risque : le levier doit être déterminé en fonction de la
capacité de l’entité à rembourser cette dette théorique. Enfin, il ne faut pas
oublier que les coûts de faillites peuvent venir remettre en cause la valeur de ces économies
fiscales.
Le coût de la dette : il s’agit d’estimer le coût que
devrait payer un investisseur de marché compte tenu de la volatilité des cash
flows de l’UGT et du levier cible qui a été retenu. Il n’est pas possible de
prendre le coût historique de l’entité, ni le coût de refinancement du
groupe.
Le taux d’actualisation est un facteur clé dans une évaluation, mais c’est
rarement l’élément le plus important. La valeur d’une entreprise est souvent
plus sensible au prix de vente moyen ou aux coûts variables qu’au taux
d’actualisation. L’arbre ne doit pas cacher la forêt et les directions
financières doivent être attentives à trois questions essentielles : la
modélisation des flux, la détermination rigoureuse des risques et la
réconciliation des valeurs.
Trois points d’attention
La valeur s’exprime avant tout au travers du business plan dont les
hypothèses doivent être acceptables, raisonnables et documentées. Ce business
plan doit faire l’objet d’une modélisation qui permette de faire des
simulations ou des travaux de sensibilités non seulement sur les paramètres
financiers que l’on a retenu comme le taux d’actualisation mais aussi et
surtout sur les principales hypothèses opérationnelles (les prix, les volumes,
les coûts variables, les coûts fixes, les investissements, la croissance à
l’infini). L'AMF recommande d'ailleurs que
les travaux d'analyse de la sensibilité de la valeur soit élargis aux variables
opérationnelles. Les tables de sensibilité qui portent uniquement sur le taux
d'actualisation ou le taux de croissance à l'infini n'ont souvent qu'un intérêt
très faible.
Il ne faut pas chercher à faire trop compliqué. Plus les choses sont
complexes plus il faut chercher à simuler l’essentiel. Une modélisation simple permet
d’exprimer et de tester plus facilement un raisonnement stratégique. Il ne faut pas oublier
qu’une évaluation financière n’est que la traduction d’une stratégie en flux de
liquidité. Dans un environnement aussi incertain que celui dans lequel nous
vivons aujourd’hui, des projections très détaillées sont moins convaincantes
qu’une trajectoire plus simplifiée, mais étayée par un raisonnement stratégique
rigoureux.
Cette remarque vaut non seulement pour les flux mais aussi pour la valeur
terminale qui compte généralement pour 70 ou 80% de valeur totale d’une entité.
A cet égard, le taux de croissance des cash flows à l’infini est inséparable
d’une analyse de la position concurrentielle de l’UGT à l’issue du business
plan. Les raccourcis qui consistent à prendre le taux d’inflation ne sont en
général pas très pertinents. Il peut être utile de repousser l’horizon à
l’issue duquel la valeur terminale est calculée. Une prolongation du business
plan permet de simuler le profil attendu de la rentabilité économique (qui peut
croitre ou décroitre en fonction de la maturité de l’UGT) avant qu’elle ne
rejoigne le coût du capital.
Second point d’attention : la prise en compte des risques.
Théoriquement on doit prendre au niveau des
cash flow les risques spécifiques à l’entité et au niveau du taux
d’actualisation ce que l’on appelle le risque systématique, c’est à dire la
sensibilité des performances aux variations du marché. Il n’est pas toujours
facile de respecter rigoureusement cette règle qui impose de raisonner en flux
espérés (c’est-à-dire en flux construits à partir de scénarios probabilisés).
Les entreprises utilisent souvent un seul scénario de flux probables. Dans ce
cas, il est habituel de rajouter une prime spécifique au taux
d’actualisation.
Mais attention ! L’utilisation de ce joker ne doit pas dispenser
d’identifier les principaux risques non pris en compte dans les cash flows. On
pense plus particulièrement aux conséquences spécifiques sur la santé
financière de l’entité d’un risque politique, d’une dégradation des finances
publiques et de ses effets sur le niveau des investissements des collectivités
publiques ou des impôts des sociétés … Il faut non seulement identifier ces
risques mais aussi simuler leur impact pour vérifier la cohérence de la prime
que l’on retient. Toute prime de risque spécifique doit être soigneusement
argumentée.
Enfin, et le problème se pose avec une acuité particulière cette année, les
entreprises doivent rationaliser les différents travaux d’évaluation.
Les différences entre la valeur d'utilité et la juste valeur s’expliquent en
large partie par les ajustements dont on a parlé plus haut. La réconciliation
entre la juste valeur, la valeur d’utilité et la valeur de marché telle qu’elle
résulte du cours de bourse est plus compliquée, mais elle est nécessaire
lorsque l’écart est très significatif et persistant. Elle est d’ailleurs
demandée par un nombre croissant de comités d’audit inquiets de la persistance
d’un écart souvent grandissant entre la valeur interne calculée et le cours de
bourse.
La réconciliation avec le cours de bourse ne peut pas être totale car les
prix de marchés intègre des éléments subjectifs quelque fois difficiles à
comprendre, mais l’exercice doit être mené le plus loin possible.
Une première approche consiste à exploiter les rapports d’analystes
financiers qui suivent la valeur pour comprendre les différences d’hypothèses
entre le business plan utilisé par le management et celles retenues par les
analystes. Cette comparaison est éclairante, mais elle est généralement
insuffisante car les analystes ne sont pas des investisseurs. Les biais de
leurs travaux sont largement documentés.
Une seconde approche consiste à utiliser le modèle simplifié mentionné
précédemment pour procéder à un « reverse engineering » du cours de
bourse et discerner les attentes théoriques moyennes des investisseurs (voir le
livre de Rappaport et Mauboussin "expectations
investing"). Ce travail est naturellement complexe et ses conclusions
peuvent naturellement être discutées. Mais il offre au management l’opportunité
de mieux comprendre le comportement du cours de bourse. Cette empathie à
l’égard des investisseurs peut être mise à profit pour une meilleure
communication financière et un dialogue enrichi avec les
investisseurs.
Donc cette année, les travaux à entreprendre dans le cadre des tests de dépréciation sont certes plus complexes, mais ils seront plus éclairants et utiles pour les entreprises à condition qu'ils soient effectués sérieusement bien sûr !
lundi 24 octobre 2011
Par Jean-Florent Rérolle le lundi 24 octobre 2011, 00:41 - Gouvernance
Il y a vingt ans, un comité présidé par sir Adrian Cadbury était institué
en Grande Bretagne pour définir les conditions dans lesquelles le conseil
d’administration pouvait s’acquitter efficacement de sa mission de contrôle.
Dix huit mois plus tard ces travaux déboucheront sur le fameux rapport Cadbury, premier d’une longue série :
il existe aujourd’hui plus de 150 codes
nationaux dont les recommandations ne sont pas très différentes de celles
que l’on trouve dans le code anglais. Cette grande
convergence des pratiques a été largement encouragée par la globalisation
financière, l’influence des fonds d’investissement anglo-saxons et des agences
de notation spécialisées dans la gouvernance.
Cependant, force est de constater que ces « bonnes pratiques » ne
sont pas parvenues à
empêcher les crises ou les scandales. Régulièrement mise en accusation, elles
font l’objet de réglementations ou de recommandations toujours plus précises et
fermes avant de très vite se révéler insuffisantes ou inopérantes. Ne serait-il
pas temps de s’interroger sur les raisons de cette incapacité à mettre en place
un système qui marche durablement?
« Corporate
Governance Matters » (voir Vidéo)
apporte des éléments de réponse à cette question. Destiné aux praticiens et
écrit par deux professeurs de Stanford (David
Larcker et Brian Tayan), ce livre
présente systématiquement les coûts et bénéfices des différents mécanismes de
la gouvernance à la lumière de la recherche académique ou des enquêtes
professionnelles.
La lecture de cet ouvrage permet de constater que les pratiques que
nous considérons comme essentielles n’ont en réalité qu’un lien très ténu
(quand il n’est pas négatif) avec les performances opérationnelles ou
actionnariales de l’entreprise.
La séparation des fonctions du Président et du Directeur général,
l’indépendance des administrateurs ou du comité d’audit, la présence de
représentants d’actionnaires salariés, la féminisation des conseils, le
recrutement externe des dirigeants, les incitations alignées sur la performance
actionnariale de l’entreprise, la rotation des auditeurs : autant
d’exemples de fausses bonnes idées si l’on se réfère à la recherche
académique.
Les enquêtes qui ont été menées sur le fonctionnement des conseils, la façon
dont ils s’acquittent de leur responsabilité en matière de contrôle, le
recrutement des dirigeants, leurs rémunérations montrent certes des progrès,
mais aussi des carences et des frustrations importantes dont les
administrateurs ont bien conscience, mais qu’ils semblent incapables de
redresser.
Ce constat pessimiste ne doit pas nous conduire à abandonner tout
espoir, mais il nous incite à réfléchir à la façon dont nous devons repenser la
gouvernance.
Tout d’abord, les auteurs nous invitent à reconnaître l’importance du
contexte. Il faut abandonner l’idée que l’on puisse mettre en place des
mécanismes de gouvernance standardisés car l’efficacité du système dépend de la
nature de l’actionnariat, de la maturité de la firme, de son histoire et de ses
relations avec les marchés financiers, de l’environnement juridique dans lequel
elle évolue, etc … Il n’y a pas de « one size fits all ».
A titre d’exemple, un système de stock-options doit non seulement prendre en
compte toute la structure de la rémunération, mais aussi bien d’autres
facteurs : l’appétence au risque défini par le conseil, l’âge du dirigeant
concerné, son ancienneté, l’importance de son investissement financier dans
l’entreprise, de sa fortune personnelle, son attitude à l’égard de la prise de
risque, l’existence d’un plan de succession sérieux. Il n’y a pas de formule
miracle. C’est aux administrateurs de réfléchir à la meilleure solution en
fonction du contexte. La complexité de cette tâche jette un doute sur l’intérêt
de laisser les actionnaires s’exprimer sur le sujet et sur la capacité d’un
conseil à régler la question en quelques heures de débat.
Deuxièmement, l’approche de la réglementation et des « bonnes
pratiques » est inadaptée. La fonction (ou les objectifs) des
mécanismes de gouvernance sont plus importants que leurs caractéristiques
organiques. De fait, la logique du « comply
or explain » (largement soutenue par le régulateur) et les approches
mécaniques adoptées par les agences de proxy
pour vérifier l’application des codes de bonne conduite ont conduit au
« box ticking », solution de facilité
qui privilégie l’apparence à la réalité.
La gestion des risques et la communication qui est faite sur ce sujet est un
bon exemple de cette dérive. Les administrateurs devraient moins s’intéresser à
l’organisation ou aux procédures de contrôle qu’à l’adéquation de la prise de
risque avec la stratégie de l’entreprise. Au lieu d’être présentés dans une
liste générique et artificielle, les risques devraient faire l’objet d’une
information vivante et hiérarchisée qui permette aux investisseurs de mieux
comprendre la résilience du modèle de développement de l’entreprise (voir les
observations du FRC en la matière). Le consensus de place
sur le rôle des comités d’audit tel qu’il s’exprime dans les recommandations de
l’AMF de juillet 2010 est bien loin de
cette vision qui nécessiterait selon l’ouvrage « a substantial increase in
analytical skills and processes» de la part des administrateurs.
Enfin, l’approche résolument organisationnelle de l’ouvrage conduit ses auteurs à insister sur l’importance de quatre éléments centraux d’un système de gouvernance efficace :
Ces problématiques sont trop périphériques dans les débats sur la
gouvernance. Il est vrai qu’elles ne peuvent pas être facilement réduites à
quelques recettes ou mesures standardisées. Elles sont pourtant au cœur des
réussites ou des échecs de la gouvernance.
Réintégrer les aspects culturels et comportementaux dans la gouvernance est le grand défi des praticiens et des chercheurs. Comme dans bien d’autres domaines, le soft est plus important que le hard.
dimanche 28 août 2011
Par Jean-Florent Rérolle le dimanche 28 août 2011, 06:19 - Finance
La dégradation de la note de l’Etat
américain par S&P a relancé un débat
parmi les auditeurs (voir ICI et ICI) et les évaluateurs américains (voir ICI, ICI et
ICI) sur le fait de savoir si les
obligations à long terme des Etats Unis pouvaient encore être utilisées dans le
calcul du coût du capital. La même question peut être posée en Europe pour les
pays qui ont fait récemment l’objet d’une dégradation, en particulier la Grèce
dont le taux d’intérêt sur les obligations à long terme a dépassé
15%.
La plupart des modèles financiers (comme le Modèle d’Equilibre des Actifs Financiers ou les
modèles d’évaluation d’options) prennent en compte l’existence d’un actif sans
risque, c’est-à-dire d’un actif dont la rentabilité effective est toujours
égale à la rentabilité espérée et donc non corrélée au marché. Dans la
pratique, on utilise le taux des obligations d’Etat comme une approximation de
cette rentabilité.
Mais cela reste une approximation, car il arrive que les Etats ne respectent
pas leurs engagements malgré leur faculté de lever l’impôt. Pour les pays de la
zone Euro, ce risque est encore accru car les Etats empruntent dans une devise
dont ils ne contrôlent plus l’émission. Les investisseurs peuvent légitimement
penser que derrière une crise de liquidité se cache une crise de solvabilité.
Dans ces conditions, quel taux sans risque prendre en compte dans le calcul
du coût
du capital ? Le sujet est d’importance pour toutes les entreprises qui
évaluent des opportunités d’acquisition ou qui doivent effectuer des tests de
dépréciation d’activités situées dans des pays mal notés. Elle est
particulièrement sensible pour les entreprises dont les opportunités de
croissance constituent une part essentielle de la valeur.
Tout d’abord, la question ne se pose que si les flux de liquidités à
actualiser sont exprimés en monnaie locale. Si l’investisseur est situé dans un
pays dont la monnaie est forte et que ses projections sont exprimées dans la
devise du pays d’origine, c’est le taux sans risque de ce dernier qui est
applicable. Cela suppose bien sûr que les flux de liquidité aient été traduits
en utilisant un taux de change futur cohérent avec le différentiel anticipé
d’inflation (application de la théorie de la parité du pouvoir d’achat). Pour
une entreprise de la zone euro qui a investi en Grèce ou au Portugal, la
question ne devrait donc pas se poser. Les projections qu’elle utilise sont en
Euros : elle doit utiliser les obligations d’Etat qui sont les plus
représentatives de l’actif sans risque de la zone (le Bund allemand par
exemple).
Le problème est différent si les projections sont exprimées en monnaie
locale. Le taux d’actualisation applicable est alors celui du pays où se trouve
l’activité. En l’absence d’un taux d’obligation d’Etat à long terme directement
utilisable, un certain nombre de solutions existent (voir Damodaran ), mais elles sont loin d’être parfaites.
Elles sont habituellement mises en œuvre lorsque l’on évalue un projet ou une
entreprise dans un pays émergent.
1. On peut essayer de reconstruire un taux sans risque à partir d’un taux
réel et du taux d’inflation anticipé. Le taux réel peut être évalué à partir
des obligations d’Etat indexées sur
l’inflation. Si l’on considère que les TIPS américaines (Treasury Inflation
Protected Securities) ne peuvent plus être utilisées, on peut recourir à celles
émises par la France (OATi à maturité longue) ou par l’Allemagne. A ce taux
réel, on ajoute l’inflation anticipée.
2. On peut également partir du taux de rentabilité exigé sur un actif sans
risque dans le pays d’origine s’il n’intègre pas de risque de défaut et
l’ajuster par le différentiel d’inflation anticipée avec le pays investisseur
en appliquant la formule de la parité des pouvoirs d'achat
3. S’il existe des contrats futures sur les devises des deux pays concernés,
il est aussi envisageable de déduire le taux d’intérêt applicable dans le pays
étranger à partir du taux d’intérêt du pays d’origine, du taux de change
Forward pour la période t, du taux Spot.
4. Une pratique apparemment assez répandue dans les grands groupes consiste
à partir du taux des obligations de l’Etat étranger et à tenter d’extraire la
prime de défaut qu’il comporte en identifiant le spread correspondant à ce
risque. Ce spread peut être déterminé soit sur la base des spreads observés sur
les obligations d’Etat classées par notation, soit de ceux observés sur le
marché des CDS.
5. Enfin, il peut exister des grandes entreprises locales qui empruntent à
un taux plus faible que l’Etat (Voir : « Quelques erreurs en
évaluation à ne pas commettre dans le contexte actuel », lettre Vernimmen de Juin 2009) .
Dans ce cas, et si leur business model est éprouvé et que leur levier est
raisonnable, certains n’hésitent pas à utiliser ces taux . On peut
éventuellement les réduire de quelques points pour approcher un taux sans
risque (Damodaran conseille 0,5% mais sans véritable justification).
Bien sûr, ces différentes solutions sont loin d’être idéales! Au calcul du
taux sans risque s’ajoutent d’autres considérations techniques aussi complexes
et incertaines (en particulier lorsque l’on évalue des actifs dans des pays
émergents) : la prime de risque et le Bêta applicables, la mesure du
risque pays. Pour être appliqués en toute rigueur, les choix méthodologiques
doivent prendre en compte le degré d’efficience et d’intégration internationale
du marché financier local et, malheureusement, on se trouve rarement dans une
situation claire (voir Sabal, Jaime : "The
Discount Rate in Emerging Markets- A Guide", 2001).
Mais au-delà de ces considérations techniques, est-il si critique de trouver le « juste » taux sans risque ? Il n’est probablement pas nécessaire d’atteindre une précision scientifique et cela pour deux raisons.
Premièrement, il ne faut pas oublier que les modèles que nous utilisons ne
sont que des conventions financières (voir André Orléan : « Comprendre les foules spéculatives : Mimétismes
informationnel, autoréférentiel et normatif » ). Elles sont
indispensables pour créer un consensus de modélisation, élément critique de
l’efficience des marchés (voir Christian Walter : Les quatre causes de l'efficacité informationnelle des
marchés. Finance et Bien Commun 2005/3). Mais elles restent une
représentation théorique d’une complexité que nous avons du mal à appréhender
(et on a le sentiment que cette situation a empiré au cours des dernières
années !).
Il est incontestable que les investisseurs exigent une certaine rentabilité
sur les investissements qu’ils font, mais chacun a sa propre exigence,
développe ses propres anticipations rationnelles et irrationnelles et utilise
ses propres critères d’évaluation. Du point de vue du dirigeant d’entreprise,
ce qui est important c’est de déterminer l’exigence moyenne qui pèse sur les
actifs dont il a la responsabilité.
Le MEDAF nous offre une grille de lecture commode, simple et reconnue à
partir d’un taux sans risque et d’une prime de marché. Mais ce n’est pas le
seul modèle disponible. Certains n’utilisent pas le taux sans risque. Par
exemple Associés en Finance a
développé le modèle Trival qui exprime la
rentabilité exigée par un investisseur sous la forme d’une constante (ordonnée
à l’origine de la droite de marché), d’une prime de risque et d’une prime d’illiquidité. Cette constante qui a
historiquement fluctué de -0,16 à 5,6 est distincte du taux sans risque. Il
faut noter de manière incidente que les évaluateurs qui utilisent la prime de
marché de cet excellent modèle comme input du MEDAF se trompent chaque fois
lourdement puisque cette prime découle d’un modèle différent (la constante
n’est pas le taux sans risque des obligations d’Etat à 10 ans et la prime
d’illiquidité est formellement identifiée à coté de la prime de
risque).
Il est donc aussi important de raisonner sur le coût des fonds propres de
manière globale que d’essayer de le reconstruire à partir d’éléments issus d’un
consensus de modélisation parmi d’autres. D’autant que le taux sans risque
n’est pas la seule notion théorique du MEDAF: le bêta en est une autre !
Et le risque de faillite introduit une
complexité supplémentaire dans le calcul du coût moyen pondéré du
capital.
Les entreprises cotées qui effectuent des travaux d’évaluation dans le cadre
de leurs tests de dépréciation ne doivent donc pas se contenter de calculer
mécaniquement un taux d’actualisation à partir du MEDAF. Elles doivent aussi
estimer le coût du capital qui résulte d’un plan d’affaires raisonnablement
anticipé par les investisseurs et du cours de bourse de la société (en
effectuant tout simplement un calcul de taux de rendement interne). Cette
analyse (pratique) permet de conforter/challenger les travaux de construction
(théorique) du taux d’actualisation.
La seconde raison (probablement la plus importante) pour laquelle il ne faut
pas s’inquiéter de ne pouvoir calculer précisément le taux sans risque est la
faiblesse relative de son impact sur le résultat d’une évaluation. Cette
remarque vaut également pour tous les calculs détaillés auxquels procèdent avec
délectation les évaluateurs pour déterminer les autres paramètres du coût du
capital : la prime de risque, le Bêta des fonds propres, de la dette
(éventuellement), le levier cible, la taille, etc…
Tous ces paramètres font souvent l’objet d’un travail d’analyse
considérable, mais le nombre d’onglets du tableur ne saurait masquer le
caractère éminemment subjectif et incertain des résultats de ces
calculs.
Certes des analyses de sensibilité sont généralement réalisées pour montrer
l’impact de ces choix sur la valeur de l’entreprise. Et de fait, le taux
d’actualisation a toujours un impact important qu’il partage avec une autre
estimation encore plus subjective, le taux de croissance à long terme des flux
de liquidités. Mais ces analyses ne sont pas les plus pertinentes. Plus
intéressantes sont celles qui portent sur les éléments clés de la
performance : le niveau des prix, le volume, la marge opérationnelle, le
taux de conversion du résultat économique en flux de liquidités disponibles,
etc. Lorsqu’elles sont menées sérieusement, on s’aperçoit que la sensibilité de
la valeur aux variations du taux d’actualisation est toujours très inférieure à
celle des éléments opérationnels.
La disparition d’une référence claire de taux sans risque ne crée donc pas
une difficulté insurmontable dans le calcul du coût du capital. En revanche,
elle invite les entreprises à s’interroger sur les raisons et les conséquences
de la probabilité accrue de défaut des Etats sur les fondamentaux opérationnels
des entreprises : des politiques économiques incertaines et inefficaces,
une ponction fiscale croissante dont l’utilisation ne sera pas forcément
productive, des restrictions dans le financement des entreprises, etc… La
valeur dépend davantage du numérateur que du dénominateur.
En conclusion : Les dégradations des notes des dettes souveraines ne sont pas un indicateur de dépréciation, mais les incertitudes qu’elles expriment et qu’elles créent invitent les entreprises à s’interroger de manière plus critique sur leurs plans d’affaires et les moyens financiers qui seront nécessaires à leur exécution.
Une version pdf assortie de références bibliographique est disponible ICI
vendredi 26 août 2011
Par Jean-Florent Rérolle le vendredi 26 août 2011, 06:22 - Gouvernance
En association avec l'observatoire de l'Immatériel (sponsorisé par Deloitte) et les étudiants de SciencesPo, le site EasyBourse consacre une rubrique de communication financière à l'économie de l'immatériel et ses enjeux. On y trouvera un extrait de l'interview que j'avais donné en juin sur ces sujets qui continuent de mobiliser les entreprises et leurs directions financières.
mardi 2 août 2011
Par Jean-Florent Rérolle le mardi 2 août 2011, 00:24 - Gouvernance
Il est encore trop tôt pour savoir quelles sont les initiatives que l’Union
européenne va prendre dans les mois et les années qui viennent dans le domaine
de la gouvernance d’entreprise, mais on peut
s’attendre à quelques mesures structurantes. Le sujet n’est-il pas identifié
dans le livre vert de Michel Barnier« The
EU corporate governance Framework » comme un « élément
essentiel » de la confiance des européens à l’égard du marché
unique ?
La consultation lancée sur ce document
vient juste de s’achever. Elle abordait un très grand nombre de thèmes répartis
en trois chapitres placés par la Commission « au cœur » de la
gouvernance : le conseil d’administration, l’implication des actionnaires
et l’application de l’approche « comply or
explain ».
Si ce document a le mérite d’avoir très largement ouvert le débat, il
comporte deux lacunes importantes :
1. La préconisation aveugle de pratiques dont l’efficacité n’a pas
toujours été démontrée par la recherche académique :
Grâce à l’action militante de grands investisseurs anglo-saxons (comme
Calpers) relayées par les agences de proxy, la gouvernance d’entreprise a pris
corps autour de « bonnes
pratiques » convergentes internationalement. Quelque soit sa taille,
sa nationalité, son secteur, les caractéristiques de son actionnariat, son
histoire ou sa culture, la société cotée est invitée à respecter certains
principes : séparation du Président et
du Directeur général ou désignation d’un « lead
director », diversité du recrutement, indépendance des administrateurs,
limitation des mandats, etc…
Mais la recherche académique qui est très prolixe sur ces questions (plus de
5000 documents sur le site SSRN), est loin
d’être affirmative sur les bénéfices supposés de ces principes d’organisation.
On en trouvera une excellente revue dans un livre qui vient d’être publié par
David Larcker et Brian Tayan
(« Corporate governance matters »
(vidéo de présentation). Si les études convergent sur quelques questions comme
les bienfaits de l’indépendance des comités, de la présence d’experts
financiers ou les dangers du cumul des mandats, elles ne sont pas conclusives
sur certains thèmes tabous comme l’indépendance du Président ou des
administrateurs, l’existence d’un administrateur référent, la diversité ou la
féminisation des conseils.
Il ne s’agit pas de remettre en cause systématiquement ces
« bonnes » pratiques sous prétexte que leurs vertus ne sont pas
démontrées, mais il faut les mettre en place (ou suivre une autre voie) après
une véritable réflexion qui doit être expliquée clairement aux
actionnaires.
2. une focalisation exagérée sur l’administrateur-contrôleur au
détriment de l’administrateur-conseil de la direction
générale
La gouvernance d’entreprise est née de la théorie de l’agence qui part du principe que le
dirigeant d’entreprise non actionnaire doit être strictement contrôlé par ses
mandants afin d’éviter qu’il ne les lèse. Nos conseils d’administration ont
donc une vocation essentiellement disciplinaire. Cette approche a été renforcée par
les crises successives qui ont toutes montré l’insuffisance des réglementations
antérieures et ont incité les régulateurs à augmenter sans cesse le pouvoir de
contrôle des conseils. C’est ainsi que depuis une dizaine d’années le débat
s’est très largement focalisé sur la gestion
des risques. La création obligatoire d’un comité d’audit dont la compétence est strictement
encadrée et limitée au suivi « du processus d’élaboration des
comptes » et « de l’efficacité des processus de contrôle interne et
de contrôle des risques » est une illustration de cette tendance
lourde.
Le rôle de « conseil » du conseil d’administration est ainsi
progressivement occulté bien qu’il découle clairement des pouvoirs qui lui sont attribués par la loi. Or, le
conseil n’est pas seulement chargé d’appuyer sur le frein. Il doit aussi
contribuer positivement au développement de l’entreprise.
Une étude sur « The costs of intense
board monitoring » (Olubunmi Faleye, Rani Hoitash, Udi Hoitash) a
montré que si les mesures habituellement prises pour mieux contrôler les
dirigeants sont généralement efficaces (changement des dirigeants plus sensible
aux performances des entreprises, augmentation plus raisonnable des
rémunérations, moins de manipulations de résultats …), elles ont un coût pour
les entreprises les plus complexes: des conseils stratégiques moins nombreux et
pertinents et une myopie managériale qui se traduisent par des performances
moins bonnes en matière de fusions acquisitions et d’innovation et, au total,
une érosion de la position concurrentielle de l’entreprise et une destruction
de valeur actionnariale.
A l’heure où nos économies sont à la recherche d’une croissance plus forte, les régulateurs pourraient peut être se demander non pas comment nos conseils peuvent éviter la prochaine crise, mais plutôt comment ils peuvent contribuer à la relance de nos entreprises.
Cet article a été publié dans La Tribune du 3 août 2011 (avec une erreur dans le titre ... :-(( )
mardi 19 juillet 2011
Par Jean-Florent Rérolle le mardi 19 juillet 2011, 07:47 - Actualité de l'évaluation
Répondant à la prise de conscience croissante par les régulateurs mondiaux
de l'importance des normes d'évaluation, l'International Valuation Standards
Council (IVSC) publie aujourd'hui les nouveaux
standards internationaux d'évaluation (IVS).
Voici le communiqué de presse dont on trouvera une version anglaise sur le
site de l'IVSC:
Les marchés financiers doivent avoir confiance dans les évaluations
produites par les emetteurs et, à la suite de la crise de 2008, les régulateurs
et le G20 ont souligné que des normes d'évaluation appropriées et une
réglementation efficace étaient nécessaires pour renforcer la stabilité
financière.
L'objectif primordial des nouveaux IVS est donc d'accroître la confiance des
acteurs du marché financier à l'égard des évaluations sur la base desquelles
ils prennent leurs décisions.
Les nouveaux IVS portent sur un large éventail d'actifs - entreprises,
instruments financiers, biens immobiliers et actifs incorporels. Ils sont le
fruit d'un travail de trois ans qui a fait l'objet d'une consultation
internationale. Ils ont comme objectif d'assurer la cohérence et la
transparence des processus d'évaluation et décrivent les principales méthodes
d'évaluation ainsi que les procédures que les professionnels doivent respecter
lors de la conduite d'une mission.
Les nouvelles normes entreront en vigueur en Janvier 2012 et peuvent être
commandées sur le site Internet de l'IVSC (www.ivsc.org).
Steven Sherman, président de l'International Valuation Standard Board a déclaré:
“Les nouvelles normes d'évaluation internationales portent sur les concepts et principes généralement acceptés au niveau mondial en matière d'évaluation. La mesure de la valeur est essentielle dans toute prise de décision financière. Des standards robustes sont nécessaires pour réduire les risques de ces décisions.”
Michel Prada, président de l'IVSC a rajouté:
“La crise financière a provoqué un débat de fond sur le rôle et la fiabilité des évaluations et leur impact sur les marchés financiers. L'ambition de l'IVSC est clair : édicter des normes et proposer des bonnes pratiques pour améliorer la qualité et la fiabilité des évaluations au niveau mondial. Plus que jamais, des évaluations standardisées dans tous les secteurs d'activité sont vitales pour réduire les risques financiers, pour accroître la confiance des investisseurs à l'égard de l'information financière et pour assurer une cohérence dans l'évaluation des portefeuilles et des actifs.”
Les travaux de l'IVSC s'appuient sur des experts en évaluation reconnus internationalement et bénéficient du soutien d'organisations comme BNP Paribas, Deloitte, Duff & Phelps, Ernst & Young, Grant Thornton, Houlihan Lokey, KPMG, American Appraisal Associates, American Society of Appraisers, The Appraisal Foundation, Appraisal Institute, Appraisal Institute of Canada, Canadian Institute of Chartered Business Valuers, China Appraisal Society, et the Royal Institution of Chartered Surveyors.
dimanche 19 juin 2011
Par Jean-Florent Rérolle le dimanche 19 juin 2011, 21:56 - Finance
Tout indique que le marché financier prend en compte le facteur humain (voir
mon post précédent). Mais la façon dont il
le fait n’est pas très claire comme l’illustre une recherche académique dont
les conclusions sont souvent contradictoires. Il n’est donc pas étonnant que
les évaluateurs éprouvent un certain inconfort face à cette problématique. En
effet, les méthodes d’évaluation (qui se raccrochent aux conventions financières en vigueur) visent à imiter
autant que faire se peut le fonctionnement du marché. L’absence d’un lien clair
rend la tâche de l’évaluateur complexe.
Que se soit en US Gaap ou en IFRS les normes comptables ne permettent pas la
reconnaissance d’une « assembled workforce » (voir le paragraphe B37
de IFRS 3):
« The acquirer subsumes into goodwill the value of an acquired intangible asset that is not identifiable as of the acquisition date. For example, an acquirer may attribute value to the existence of an assembled workforce, which is an existing collection of employees that permits the acquirer to continue to operate an acquired business from the acquisition date. An assembled workforce does not represent the intellectual capital of the skilled workforce—the (often specialised) knowledge and experience that employees of an acquiree bring to their jobs. Because the assembled workforce is not an identifiable asset to be recognised separately from goodwill, any value attributed to it is subsumed into goodwill »
Aussi, seule une partie du capital intellectuel que cette
« workforce » cristallise peut faire l’objet d’une comptabilisation
(marque, brevets, relations clients …). Dans une évaluation d’entreprise,
l’aspect social ou humain n’est pris en compte qu’indirectement au travers des
entretiens avec le management : si l’évaluateur considère qu’il y a un
décalage entre les projections et la capacité de l’entreprise à les réaliser
pour des raisons humaines, il doit en tenir compte dans son opinion.
Lorsqu’elle existe, la cartographie des
risques peut également être exploitée lorsqu’elle comporte une dimension
sociale. D’une manière générale, l’évaluateur doit se conforter sur la capacité
du management à exécuter sa stratégie. Mais tous les ajustements éventuellement
apportés aux cash-flows ou dans le taux d’actualisation sont totalement
subjectifs.
Certains mettent beaucoup d’espoirs dans le lancement de nombreuses
initiatives visant à normaliser l’information, les comportements ou les
indicateurs.
is a holistic approach to enable investors and other stakeholders to understand how an organisation is really performing. Addressing the wider as well as longer-term consequences of decisions and actions, an integrated report makes clear the link between financial and non-financial value. The relationship between an organisation's strategy, governance and business model should be transparent through such reporting. It also gives an analysis of the impacts and interconnections of material opportunities, risks and performance across the value chain.
On attend avec impatience ce document et les progrès que cette approche va
permettre car elle pourrait répondre au fameux expectation gap dont souffrent
les auditeurs et leurs clients (voir Haro sur
l’auditeur ? et Le rôle de l’auditeur dans
le rétablissement de la confiance des marchés).
Mais attention ! Ces initiatives pourraient inciter les entreprises à
privilégier le respect de la conformité au lieu d’essayer de mettre à jour les
indicateurs spécifiques à leur modèle de développement. Il ne faut pas oublier
que les investisseurs veulent comprendre quels sont les avantages compétitifs, par définition uniques, de
l’entreprise dans laquelle ils ont investi. Les indicateurs qui sont préconisés
pour l’instant sont trop génériques pour les satisfaire. Chaque entreprise doit
faire l’effort de mettre au point l’information pertinente qui permettra à ses
actionnaires de comprendre en quoi ses hommes, leur culture, leur expérience,
la stratégie des ressources humaines permettent d’être confiant sur l’exécution
de la stratégie.
Il est également essentiel que la performance humaine soit reliée de manière
structurée à la performance financière. A cet égard, le « balanced scorecard » semble être un outil
intéressant. Popularisé par le best seller
de Kaplan et Norton en 1996, il fait partie des outils de management de la
performance les plus utilisés par les grandes sociétés américaines (voir le
rapport de Bain & Company « Management
Tools and Trends 2011 »). Même s’il a connu une évolution profonde depuis ce livre, sa logique reste
la même : il s’agit d’une démarche méthodique visant à identifier des
indicateurs clés de performance sur plusieurs plans : finance, client,
processus internes, innovation et personnel et de mettre en évidence leurs
liens avec les objectifs stratégiques de l’entreprise.
Pour une entreprise soucieuse d’aider le marché à mieux prendre en compte la
dimension humaine dans ses attentes et son évaluation, la voie à suivre
consiste à intégrer les différents outils dont elle dispose (cartographie des risques, en particulier les risques
sociaux, tableaux de bord type « balanced scorecard » dans sa
dimension capital humain) avec le système de prévisions financières et
d’évaluation. En identifiant plus clairement les éléments non financiers qui
ont un impact sur la stratégie et la valeur, le management se dote d’une base
de discussion solide avec les investisseurs et réduit son risque actionnarial
(voir « Le risque actionnarial : réel,
majeur, fréquent et pourtant négligé »).
L’évaluateur n’est pas dans une situation différente. Il doit également s’efforcer de tirer partie de tous les outils de mesure de la performance mis en place par l’entreprise. La situation est idéale s’il existe un balanced scorecard. Mais, dans tous les cas, il devrait systématiquement exploiter la cartographie des risques dont l’utilisation est à présent largement répandue dans les entreprises cotées. S’il n’y a pas de formule ou de modèle qui permette d’intégrer la dimension humaine dans une évaluation, il existe beaucoup d’éléments d’information stratégiques, aujourd’hui encore trop souvent négligés, qui méritent d’être exploités systématiquement dans les évaluations.
dimanche 12 juin 2011
Par Jean-Florent Rérolle le dimanche 12 juin 2011, 18:35 - Finance
L’une des critiques les plus constantes adressées au marché financier est
qu’il ne tiendrait pas compte du facteur humain. Pire, obnubilés par les
résultats financiers à court terme, les investisseurs encourageraient les
« licenciements boursiers ». Le capital humain serait ainsi sacrifié sur
l’autel de la valeur actionnariale.
Cette vision s’est renforcée à la suite de la crise financière que nous
traversons et s’est particulièrement incarnée dans la critique selon laquelle
les marchés seraient incapables de prendre en compte le long terme (voir par
exemple la consultation lancée par le Département BIS britannique :
«a long term focus for corporate britain »).
Il est vrai que le développement de l’ « algorithmic trading » vient mettre de l’eau au
moulin de la critique même si, techniquement, il ne faut pas s’en alarmer (voir
l’article de Bertrand Jacquillat : « le court termisme n’est pas
l’ennemi »). Elle s’est exprimée une fois de plus dans le programme du parti socialiste qui préconise de
lutter contre les licenciements boursiers. Cette position aussi idéologique que
celle qui met l’actionnaire au pinacle n’est pas vérifiée dans la
réalité.
Il faut tout d’abord rappeler que la valeur d’une entreprise réside pour
l’essentiel dans ses flux de liquidité futurs. Les dividendes de l’année sont
insuffisants pour expliquer les niveaux de valorisation des actions. Le marché
s’inscrit forcément dans une perspective à long terme de croissance du cours
(les actionnaires attendent avant tout des plus-values, même si les
transactions s’enchaînent à court terme.
Lorsque le ratio capitalisation boursière / fonds propres comptables d’une
entreprise est supérieur à 1 (ce qui est le cas pour la majorité des
entreprises non financières), c’est le signe que les investisseurs pensent
qu’elle est capable de créer de la valeur à long terme. En attribuant une
valeur de marché supérieure à la valeur comptable, les investisseurs prennent
en compte les actifs incorporels de l’entreprise. Si l’on ajoute à cette
« survaleur », ou goodwill les actifs
intangibles effectivement comptabilisés, on a une image complète des actifs
incorporels de l’entreprise.
Une autre segmentation de ce capital
immatériel peut être faite en distinguant le capital humain, du capital
organisationnel et du capital relationnel. Mais soyons réalistes ! Il est
très difficile de séparer tous ces concepts. Derrière ces différentes rubriques
on trouve toujours les hommes de l’entreprise. Ce sont eux qui sont au cœur des
actifs intangibles. Ce sont eux qui sont chargés par les actionnaires de faire
fructifier leur patrimoine. Et comme l’a dit Pierre Noël Giraud, la finance est un
« commerce de promesses » : la
confiance est essentielle, et elle est inspirée avant tout par les hommes de
l’entreprise. Bref, il est indéniable que le marché financier tient compte du
facteur humain.
Les investisseurs professionnels l’ont d’ailleurs bien compris. C’est ce qui
explique le dynamisme de l’investissement
socialement responsable (ISR) dont l’un des critères est la performance
sociale. Dans un rapport publié en 2008,
Europlace définit l’ISR
comme :
« tout mode de gestion, processus d’investissement ou utilisation de ses droits et de son pouvoir d’influence en tant que détenteur d’actifs (vote, questions, dialogue avec l’émetteur ou engagement de démarches plus formalisées) qui tente d’intégrer les dimensions extra-financières dans les évaluations des entreprises afin d’appréhender leurs risques ou opportunités sociales, environnementales et en matière de gouvernance ».
En France, Novethic évalue le montant des
fonds spécifiquement ISR à 68 milliards d’euros à la fin 2010 (voir l'enquête annuelle 2010) soit une croissance de 35%
par rapport à 2009, et à 2500 milliards pris au sens large (intégration ESG –
Environnement, Social, Gouvernance). Cette dynamique doit beaucoup à
l’impulsion des associations professionnelles (voir le code de transparence de l’AFG), à la sensibilité des
clients à cette dimension (selon un rapport
récent, 60% des investisseurs institutionnels ont reçu des demandes
spécifiques de la part de leur Limited Partners) et au recours croissant à la
notation sociale.
Selon le même rapport précité, la
pratique ESG des investisseurs en capital a considérablement évolué. La prise
en compte des critères ESG se multiplie et des outils spécifiques d’enquête et
de contrôle se mettent en place (plus à l’occasion de l’investissement que du
suivi de la participation) avec un souci de gestion des risques. Axa IM qui a développé une dizaine d’indicateurs pour suivre la capacité du management
à exécuter sa stratégie offre un bon exemple de ces nouvelles
pratiques.
Mais, bien qu’avéré, ce lien entre performance sociale et performance
actionnariale reste contesté car la recherche académique n’est pas toujours
conclusive. Et les interprétations sur le sens de la relation divergent :
est-ce la performance sociale qui permet la performance actionnariale ?
est-ce l’inverse ? ou bien, y a-t-il une synergie entre les deux
?
Néanmoins, une compilation des études académiques semble donner l’avantage à
l’interprétation selon laquelle la performance sociale sert la performance
financière. Un article publié en 2003 par Margolis et Walsh (Misery loves companies: rethinking social initiatives by
business) récence les 127 études (réalisées entre 1972 et 2002) qui ont
étudié les relations entre performance sociale et performance financière. Sur
les 109 qui traitaient la performance sociale comme une variable indépendante,
54 ont conclu à une relation positive et seulement 7 a une relation négative,
28 à une absence de lien et 20 à des conclusions mitigées. La performance
sociale a été traitée comme une variable dépendante dans 22 études. Pour la
majorité d’entre elles (16) elles concluent à une relation positive.
De même, si l’on en croit une étude réalisée par l’Edhec en 2008, « on ne dispose actuellement pas d’une base suffisamment solide pour pouvoir conclure que l’ISR génère une surperformance ». Selon cette étude, la rentabilité de l’ISR ne semble pas supérieure à celle du marché. De janvier 2002 à décembre 2007, les rentabilités des indices ISR pour la France (5,82%), la zone Euro (6%) et l’Europe (4,71%) sont inférieurs à ceux de l’indice SBF 250 (8,89%), au DJ Euro Stoxx (8,17%) et au DJ Stoxx (6,93%). Seul la rentabilité d’indice ISR Monde dépasse le MSCI World. Et ce, malgré un risque comparable ou supérieur.
Ce constat mitigé ne doit cependant pas décourager tous ceux qui sont convaincus que la valeur créée dépend avant tout des hommes. Le défi consiste à intégrer de manière structurée cette dimension dans l’évaluation et la communication financière. ce sujet sera traité dans la seconde partie de ce billet.
lundi 7 mars 2011
Par Jean-Florent Rérolle le lundi 7 mars 2011, 11:55 - Gouvernance
Contrairement à ce que l’on peut lire dans le deuxième rapport annuel sur le code AFEP-MEDEF, «l’engagement des
entreprises françaises en faveur d’un gouvernement d’entreprise transparent et
exigeant» est loin d’être démontré.
On assiste en effet à un net renforcement du pouvoir exécutif dans les
grandes entreprises cotées. Certains groupes ont décidé d’abandonner la
structure duale de Conseil de
Surveillance/Directoire pour une structure unitaire à Conseil
d’Administration : Axa (Voir : La gouvernance à géométrie variable) et Atos Origin en 2009, Safran plus récemment. D'autres ont décidé de
regrouper les fonctions de Président et de Directeur général : après les
avoir dissocié en 2009 (voir
Ici, Ici
et
Ici) Véolia a
décidé de les réunifier un an plus
tard. France Télécom (ici et
ici) et
l'Oréal ont pris la même décision en
2011.
Les sociétés anonymes à conseil d'administration avec unicité des fonctions représentaient 34% du CAC 40 en 2008 et 40% en 2009, et leur part s'élève aujourd'hui à 52%.
Cette évolution et la façon dont les changements d'organisation ont été
communiqués au marché illustrent une certaine forme de
régression des pratiques de gouvernance dans notre pays.
L’un des principes fondamentaux d’un bon gouvernement d’entreprise est en
effet l’équilibre des pouvoirs. Dès 1992, le rapport Cadbury pose comme principe essentiel la
séparation des fonctions du Président du conseil d’administration et du
Directeur général.
Ce principe continue à être affirmé avec force par le code de gouvernance britannique en vigueur :
«There should be a clear division of responsibilities at the head of the company between the running of the board and the executive responsibility for the running of the company’s business. No one individual should have unfettered powers of decision».
La validité de ce principe est à présent universellement reconnue, même si,
de manière pragmatique, on admet encore un système unitaire à la double
condition que ce choix soit clairement justifié par le conseil et que l’on
essaie d’en compenser les effets négatifs par différentes techniques.
C’est ainsi qu’en Grande-Bretagne, un « Senior
independant director » doit être désigné pour être le «sounding board»
du Président et présider les sessions des administrateurs indépendants. Aux
Etats-Unis, le Conference Board recommande qu’un «lead independant director»
soit nommé si le Président, distinct du Directeur général, n’est pas
indépendant (Voir : Corporate Governance
Handbook: Legal Standards and Board Practices) . En cas de confusion des
rôles, un « Presiding Director » conduit les réunions des
administrateurs indépendants. En France, plusieurs sociétés ont mis en place un
«administrateur
référent» ou un «vice-président du conseil d’administration» dans un rôle
similaire, et l’AFG (Association Française de
Gestion Financière) en fait depuis l’année dernière une disposition
importante de ses
recommandations sur le gouvernement d’entreprise.
L’intérêt d’avoir un Président distinct du Directeur général va au-delà du
respect du principe fondamental d’équilibre des pouvoirs. Il s’agit tout
simplement d’acter le fait que le conseil d’administration est devenu une pièce
essentielle du dispositif de la gouvernance d’une entreprise, de la qualité des
décisions stratégiques qui sont prises et de la relation de confiance qui doit
s’établir entre les instances dirigeantes d’une entreprise et ses
actionnaires.
Le temps consacré par les administrateurs à leurs fonctions s’est
substantiellement accru au cours des dernières années non seulement en raison
de la fréquence des réunions du conseil et des comités dont ils sont membres,
mais aussi parce que la complexité des dossiers nécessite un temps de
préparation non négligeable (Voir le
vade-mecum de l’Administrateur de l’IFA).
L’organisation, la coordination et la synthèse des travaux des
administrateurs requièrent une véritable mobilisation du Président, ce qui est
difficilement conciliable avec l’exercice de fonctions exécutives dans toutes
leurs plénitudes. Par ailleurs, l’expérience montre que les débats du conseil
sont plus ouverts et efficaces lorsqu’ils sont facilités par un Président qui
n’est pas soucieux de faire approuver ses initiatives ou conforter ses
décisions. La crise récente a mis en évidence les graves dysfonctionnements qui
résultent de conseils dominés par le responsable exécutif de l’entreprise
(Voir : OECD, The
Corporate Governance Lessons from the Financial Crisis).
L’intérêt opérationnel d’avoir une séparation des pouvoirs n’est
malheureusement pas souvent compris ou accepté, particulièrement en France (voir cependant le cas de
Technicolor qui offre un contre-exemple remarquable). Il est fréquent
qu’une entreprise décide la dissociation des fonctions pour permettre au PDG
qui se retire de conserver sa rémunération et de maintenir une influence sur
son «jeune» successeur. Quelques années plus tard, ce dernier s’empressera de
fusionner à nouveau les deux fonctions lorsque le «vieux Président» sera
atteint par la limite d’âge et devra enfin quitter le conseil d’administration.
Ces allers et retours sont une véritable insulte à l’intelligence des
actionnaires et à la bonne gouvernance d’autant que la communication faite à
ces occasions est généralement d’une banalité affligeante.
Les formules utilisées dont on retrouvera un florilège dans le rapport
précité du MEDEF sont révélatrices de la pauvreté de la réflexion qui a présidé
à ces décisions pourtant fondamentales. C’est ainsi que le cumul des fonctions
est considéré comme « le plus adapté à l’organisation et au mode de
fonctionnement souhaitable du groupe », ou « plus apte à répondre aux
défis de la crise », ou encore de nature à « simplifier le processus de
décision de la direction générale » et de le rendre « plus efficace
dans un environnement économique et concurrentiel en évolution
permanente».
La vraie question n’est pas celle du choix d’organisation effectué par
l’entreprise car, comme on l’a indiqué précédemment, il existe de nombreux
moyens de rééquilibrer les pouvoirs derrière une apparente autocratie. Le vrai
problème est celui de la sincérité avec laquelle les entreprises ont adopté les
principes de bonne gouvernance. Le fait qu’elles soient apparemment incapables
d’expliquer rationnellement et spécifiquement les raisons pour lesquelles elles
ont fait tel ou tel choix en matière de gouvernance est inquiétant.
Sous la pression des « proxy advisors », les entreprises
cotées ont adopté une stratégie de conformité moutonnière qui est finalement
très compatible avec leur manque de conviction fréquent sur les bienfaits d’une
bonne gouvernance. Elles se contentent de mettre en place un jeu de pratiques
reconnues qui donnera lieu à une communication plate et convenue. Soulagées et
protégées par cette procédure alibi, elles peuvent développer des modalités de
gouvernance parallèle qui restent inconnues de leurs actionnaires sauf
lorsqu’une catastrophe éclate.
Ce comportement est en totale contradiction avec celui que la bonne
gouvernance préconise :
Pour revenir au cas de Safran qui n'a pas encore été soumis à ses actionnaires, la décision d’adopter une structure unitaire de gouvernance n’est pas forcément un mal en soi (d’autant que la structure duale ne lui a pas vraiment réussi dans le passé…). Mais les éléments d’information qui ont été communiqués ne permettent pas aux investisseurs de voter en pleine connaissance de cause. Il faut espérer que la société donnera des explications plus précises et convaincantes sur les raisons qui la poussent à changer de gouvernance et que le conseil d’administration prendra la sage décision de dissocier les fonctions de Président et de Directeur général ou au minimum de nommer un administrateur référent de poids.
Ce post est publié conjointement sur le blog de la DFCG et sur le blog de la Gouvernance Financière.
dimanche 6 février 2011
Par Jean-Florent Rérolle le dimanche 6 février 2011, 12:36 - Actualité de l'évaluation
Si l’on en croit le Gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer :
« A bien des égards, la crise actuelle est une crise de valorisation ».
Dressé en 2008, ce
constat un peu excessif qui visait avant tout les instruments financiers
illustre l’inconfort des acteurs économiques face aux concepts de valeur et
d’évaluation (on préférera le terme évaluation à valorisation car valoriser
veut dire « augmenter la valeur »).
La centralité de l’évaluation dans le débat s’explique par la conjonction de
deux évènements :
Si l’on pense que le thermomètre du marché est essentiel à l’évaluation des
actifs, on est nécessairement perturbé
lorsque le thermomètre ne fonctionne plus ou fonctionne mal. Pragmatiques, les
régulateurs et plus généralement tous les acteurs impliqués dans l’élaboration
des comptes ont très vite accepté que les actifs financiers illiquides soient
évalués sur la base de modèles. Cette approche est nécessairement étendue à la
plupart des actifs non financiers qui ne font pas l’objet d’une cotation et
pour lesquels il est impossible de trouver des actifs similaires cotés. Ainsi,
dans la plupart des cas où une évaluation est nécessaire pour l’élaboration de
l’information comptable et financière, on est conduit à substituer la
subjectivité de l’évaluateur à « l’objectivité » supposée du marché
(le cours d’un instrument financier n’est-il pas le produit de l’interaction
d’investisseurs subjectifs dont les comportements ne sont pas toujours
rationnels ?).
Dans la mesure où les résultats de ces évaluations servent à informer le
marché, il est essentiel que la subjectivité de l’évaluateur qui est naturelle
soit encadrée et que ses raisonnements fassent l’objet d’une information utile
et sincère à l’égard de tous ceux qui vont utiliser ses conclusions.
La difficulté réside dans le fait que, à la différence par exemple des
commissaires aux comptes, la profession
d’évaluateur n’existe pas : il n’y a pas de règles professionnelles ou
déontologiques, d’exigence de compétence ou de diplôme qui soit universellement
ou même nationalement reconnu. Chacun, compétent ou incompétent, honnête ou
indélicat, indépendant ou corrompu peut exercer cette activité. S’il existe un
certain consensus sur la façon de réaliser une évaluation (grâce notamment aux
normes comptables qui ont empiété sur le terrain de l’évaluation), la mise
en œuvre demeure hétérogène.
Il était donc temps qu’un organisme international se mette en place pour
traiter de la question des standards internationaux d’évaluation et pour
favoriser l’émergence de règles professionnelles. C’est dans cet esprit que
l’International Valuation Standard Council
(IVSC) a été créé en 2008 pour succéder à un organisme dont l’origine remonte à
1981 mais qui était focalisé sur les standards d’évaluation immobilière. Le
nouvel IVSC a comme objectif de mettre en place des standards d’évaluation
applicables internationalement à tous les types d’actifs et dans toutes les
circonstances. Présidé par Michel Prada, il a acquis
en quelque mois une visibilité remarquable auprès des régulateurs comptables et
boursiers, signe de l’intensité du besoin éprouvé par les marchés d’avoir une
référence dans ce domaine encore largement en friche.
L’IVSC a créé deux « boards » distincts :
En identifiant ou en proposant de bonnes pratiques en matière d’évaluation,
l’IVSC favorise la cohérence des approches, contribue à une meilleure
information des marchés et une bonne gouvernance. Son succès reposera sur le
pragmatisme de ses initiatives, sur le sens des responsabilités des évaluateurs
et sur la pression que régulateurs et émetteurs exerceront sur ces derniers
pour qu’ils inscrivent leurs missions dans le cadre de ces standards. La
subjectivité de l’évaluateur est naturelle. Son encadrement est
salutaire.
Post publié conjointement sur le blog de la DFCG et sur Easybourse
Rappel : l'auteur de ce post est Président de l'IVPB.
samedi 5 février 2011
Par Jean-Florent Rérolle le samedi 5 février 2011, 09:32 - Finance
La gestion du
risque est devenue une préoccupation essentielle des directions générales
et des conseils d’administration dont la naissance remonte au début des années
2000 avec les
obligations législatives ou réglementaires relatives au contrôle interne
des sociétés (loi
SoX aux Etats-Unis, LSF en France ...).
A l’époque, il s’agissait avant tout de contrôler la fiabilité de
l’information comptable et financière. Progressivement, cette préoccupation
comptable a été élargie pour couvrir la gestion opérationnelle et stratégique.
Dans cet esprit, le COSO ou le cadre de référence de
l’AMF invitent les entreprises à adopter une approche holistique de la
gestion des risques.
Même si des progrès importants ont été accomplis (création de Directions des
risques, renforcement de l’audit interne, mise en place de systèmes souvent
sophistiqués de contrôle interne, élaboration de
cartographie des risques …) peu d’entreprises ont mis en place une
véritable gestion systématique des risques. Les approches restent très
comptables. Il faut dire que l’interprétation
des textes récents sur le rôle du comité d’audit ne va pas dans le bon
sens.
Contrairement à ce que l’on croit, cette pratique restrictive n’est pas dans
l’intérêt de la bonne gouvernance. Une approche des risques par le petit bout
de la lorgnette comptable focalise les administrateurs sur leur rôle
disciplinaire au détriment de leur rôle de conseil stratégique, ce qui a un
impact sur la création de valeur comme le soutient une
étude récente (« The cost of
intense board monitoring » ). Pour éviter cette situation
contre-productive et frustrante, il faut revisiter l’approche de la gestion des
risques par le conseil et la replacer dans un contexte plus dynamique et
stratégique en focalisant les administrateurs sur le « risque actionnarial
».
On peut définir ce risque comme l’éventualité d’un décrochage important,
brutal et inattendu du cours de bourse d’une entreprise cotée. Curieusement, ce
risque est totalement absent des approches classiques d’ERM
(Enterprise-wide Risk Management).
Certes, la valeur actionnariale n’est pas absente des référentiels professionnels. Elle constitue même un objectif suprême :
« La gestion des risques permet d’identifier et d’analyser les principales menaces et opportunités potentielles de la société. Elle vise à anticiper les risques au lieu de les subir, et ainsi à préserver la valeur, les actifs et la réputation de la société» (Cadre de référence de l’AMF ).
Mais le cours de bourse n’est jamais considéré comme un risque en lui
même. Cette conception est une conséquence logique de l’hypothèse
généralement acceptée d’efficience
des marchés qui veut que la valeur de marché de l’entreprise reflète
fidèlement sa valeur fondamentale. En cela, elle est cohérente avec les
principes comptables et la philosophie de la
juste valeur . Mais la crise
récente a démontré la
faiblesse du paradigme de l’efficience des marchés : le cours peut
être déconnecté de la valeur intrinsèque.
Le risque actionnarial doit être considéré comme un risque
autonome car un décrochage important du cours de bourse n’est pas sans
conséquences sur la valeur fondamentale de l’entreprise. Il existe une boucle de rétroaction
qui n’est généralement pas perçue par les directions générales.
La chute du cours de bourse va en effet peser sur la croissance anticipée de
l’entreprise :
Outre ses impacts négatifs sur les paramètres de la valeur intrinsèque de l’entreprise, un décrochage va entraîner des conséquences potentiellement couteuses en matière de gouvernance :
Le risque actionnarial n’est pas seulement majeur. Il est également
fréquent. Sa probabilité d’occurrence est sous-estimée par les
directions générales. Une étude
réalisée par Ernst & Young et Oxford
Metrica en 2002 sur les 1000 plus grandes entreprises mondiales a montré que,
entre 1996 et 2001, 40% d’entre elles ont connu au moins un décrochage de plus
de 30% par rapport au marché sur une période de 20 jours de bourse.
On trouve un ordre de grandeur similaire sur le marché français :
au cours des 3 dernières années (2008-2010), 45% des 300 plus grandes
entreprises françaises ont connu une chute de leurs cours par rapport à
l’indice de plus de 20% sur une période d’un mois calendaire
!
Facteur aggravant, la déconnection du cours par rapport à l’indice ne se
réduit que très lentement au cours du temps. Dans l’étude précitée de Ernst
& Young, on s’apercevait qu’au bout d’un an, l’écart ne s’était réduit que
de 50%. Il faut dire que lorsque l’entreprise pâtit de la méfiance du public,
il est très difficile de rectifier la tendance. Selon le dernier
Edelman Trust Barometer 2011 , 57% des personnes interrogées vont croire
une information négative entendue une ou deux fois à propos d’une entreprise
dont elles se méfient. 15 % seulement croiront une information positive à
l’égard de cette même entreprise. Ces chiffres contrastent avec les résultats
obtenus pour une entreprise en laquelle elles ont confiance : 25% vont
croire une information négative et 51 % une information positive.
Le risque actionnarial survient en cas de divergence importante entre les
attentes à long terme des actionnaires et la capacité apparente de l’entreprise
à y répondre. Les causes les plus visibles sont celles qui affectent la valeur
fondamentale : une rentabilité espérée moins forte que celles qui était
prévue, un niveau de risque soudainement relevé, une croissance menacée, un
dysfonctionnement grave dans la gouvernance affectant soit les choix
stratégiques, soit l’équité de la répartition de la valeur créée.
Si ces causes ont souvent un impact dévastateur sur le cours, c’est bien sûr
parce que l’entreprise n'a pas su les anticiper ou les éviter, mais aussi parce
qu’elle n’a pas réussi à créer un véritable lien de confiance avec ses
principaux actionnaires. Ce lien ne peut être établi que grâce à un dialogue
permanent avec les fonds d’investissement à long terme (les lead steers) sur
la stratégie de création de valeur.
Or, la pratique actuelle est aux antipodes de cette exigence : les
entreprises communiquent de manière intermittente avec les analystes sell-side
sur des éléments d’information financière. Elles se trompent d’action, de
tempo, de contenu et de cible. L’objectif des spécialistes de la communication
financière est de
vendre une « equity story » à des interlocuteurs qui n’ont aucun
pouvoir de décision. Les véritables décisionnaires sont négligés. C’est
seulement le jour où l’on fait l’objet d’une attaque hostile ou qu’il faut
faire passer en assemblée générale une résolution discutable que l’on demande
en catastrophe à un "proxy
solicitor" d’identifier ces actionnaires à long terme que l’on connaît mal
pour essayer de les convaincre de soutenir le management. Mais c’est parfois
trop tard
…
La conduite d’un dialogue permanent avec les investisseurs qui comptent
permet d’aligner progressivement la stratégie de création de valeur avec les
attentes du marché. Il ne s’agit pas de maximiser la valeur boursière,
mais de permettre au marché de l’établir à un niveau proche de la valeur
intrinsèque. Cette ambition est au centre des responsabilités du
conseil d’administration comme l'a souligné fort justement Michael Jensen dans un papier
remarquable : « The Agency Cost of
Overvalued Equity and the Current State of Corporate Finance ».
Mais il faut reconnaître que l’analyse du risque actionnarial comme sa
gestion ne sont pas simples à mettre en œuvre. Il s’agit de comprendre les
attentes du marché, de mesurer la capacité de l’entreprise à les satisfaire, et
dans l’hypothèse où il existe un décalage entre les deux, de prendre les
mesures appropriées.
Déchiffrer les attentes du marché est naturellement très complexe. Deux
types de travaux peuvent être faits : d’une part, on peut calculer les
hypothèses implicites des actionnaires en procédant à un reverse-engineering du
cours de bourse. Il existe plusieurs approches comme par exemple celle suggérée
par Michael
Mauboussin et Alfred
Rappaport dans leur livre « Expectations investing », celle de
Tom
Copeland (l’auteur du McKinsey on Valuation) et Aaron Dolgoff présentée
dans « EBM,
outperform with Expectations-Based Management », ou encore celle proposée
par le cabinet L.E.K. (voir "Market signals
analysis: a vital tool for managing market expectations"). Des précautions doivent être
prises lorsque l’on utilise les estimations des analystes financiers comme base
d’information car ils donnent une image déformée du marché.
Cette analyse numérique est complétée par une information recueillie
directement auprès des fonds d’investissement à long terme. Ces investisseurs à
long terme doivent être identifiés et un programme de dialogue avec les 10 ou
20 principaux doit être mis en place avec comme objectifs de décoder leur
vision du management et de la stratégie, de comprendre quelle est leur
stratégie d’investissement et leur modus operandi et, enfin, d’identifier les
principaux risques potentiels qu’ils représentent (désengagement, activisme …).
Ils ont une exigence de contenu beaucoup plus sophistiqué que celui d’une
communication financière traditionnelle car ils veulent comprendre comment
l’entreprise a l’intention de créer de la valeur sur le long terme. Ce souci
rejoint les idées du FRC en matière de
communication financière, idées dont j'ai parlé dans un post précédent.
Face à cette exigence, les directions générales sont mal équipées car elles
ont rarement développé une conviction sur la
capacité de création de valeur de leur entreprise. Pourtant, ce ne sont pas les
opportunités d’évaluation qui manquent ! Tout au long de l’année les
directions financières sont amenées à s’interroger sur la valeur de leurs
actifs pour des raisons comptables, fiscales ou légales. Mais, généralement
réalisés dans une logique de « compliance», ces travaux sont souvent
manipulés pour atteindre les résultats qui conviennent à la
direction.
Il faut réhabiliter l’évaluation
financière comme un outil d’analyse stratégique pour lui redonner toute son
utilité d’outil de direction générale. Une étude approfondie, réaliste et
régulière de la valeur de l’entreprise permet en effet de répondre à quelques
questions essentielles pour le pilotage stratégique de l’entreprise et pour le
dialogue avec les investisseurs (Voir le Vade
Mecum de l’administrateur chapitre 1.2 et 3.6) :
* Quelles sont les unités stratégiques qui créent (ou détruisent) de la valeur, dans quelles proportions et pour quelles raisons ?
* Quels sont les avantages compétitifs de chaque activité (nature, importance et durée) et quelle est la stratégie pour les maintenir ou les renouveler ?
* Comment l’entreprise se différencie-t-elle de ses concurrents ?
* Quel est l’impact de la stratégie adoptée sur la dynamique financière de l’entreprise ?
* Quels sont les risques majeurs qui pèsent sur l'entreprise, quel est leur impact potentiel sur la valeur de l’entreprise et comment sont-ils gérés ?
* Quels sont les actifs critiques, combien valent-ils et comment sont-ils protégés ?
L’expérience montre que les réponses à ces questions sont souvent très
approximatives, ce qui n’est pas rassurant pour un investisseur ou un
administrateur.
Une fois l'analyse de l'écart faite, le conseil d'administration et la
Direction générale doivent prendre les mesures nécessaire à sa réduction. Trois
possibilités se présentent :
La démarche qui est proposée permet de comprendre la stratégie des investisseurs et d’anticiper leurs réactions en cas d’événement exceptionnel, de définir une stratégie de création de valeur et une gouvernance compatibles avec les attentes du marché. En maîtrisant l’expectation treadmill décrit dans « Value, The four cornerstones of corporate finance », l’entreprise peut réduire considérablement son risque actionnarial.
Ce post fait également l'objet d'une publication concomitante sur le blog de la DFCG
samedi 22 janvier 2011
Par Jean-Florent Rérolle le samedi 22 janvier 2011, 14:56 - Gouvernance
Après les banquiers, les fonds alternatifs et les
agences de
notation, le prochain coupable de la crise est peut-être l’auditeur.
Jusqu’à présent, les cabinets d’audit n’avaient pas été réellement
inquiétés. Les attaques s’étaient concentrées sur les normes comptables et,
plus particulièrement, sur le caractère pro-cyclique de la juste
valeur. Malgré les sommations des politiques et les lamentations des
banquiers, les normalisateurs n’ont pas vraiment bougé. Grâce à quelques
aménagements proposés par les régulateurs, acceptés par les auditeurs et
appliqués par les évaluateurs, la tension était retombée.
C’était sans compter le Commissaire Barnier dont le
Green Paper permet de relancer le débat tous azimuts, débat qui fait écho à
celui qui commence également aux Etats-Unis (voir le
débat organisé sur le sujet par le NYT).
La plupart des accusations sont connues. Les auditeurs n’ont pas été à la
hauteur de la situation. Ils n’ont pas été capables d’anticiper les
difficultés, ou plutôt de faire en sorte qu’elles apparaissent clairement dans
les comptes des banques. Pire, certains vont jusqu’à considérer que leur
laxisme les rend complices de faillites bancaires. C’est ainsi que Charlie Munger , l’associé de
Warren Buffet, a
soutenu que :
« a majority of the horrors we faced would not have happened if the accounting profession were organized properly. In other words, they have a position from which, if they behaved intelligently and correctly, they could prevent a huge amount of all that's wrong with the system. And they fail utterly, time after time, after time. And they are way too liberal in providing the kind of accounting the financial promoters want. They have sold out ». (Interview - Stanford University 2 février 2010)
Les critiques sont anciennes et bien connues. Le Green Paper européen en
fait un inventaire assez complet :
Ces critiques sont relayées à des degrés divers par des institutions ou des lobbies dont le motivations ne sont pas forcément innocentes.
Les hommes politiques s’efforcent de trouver des boucs
émissaires dans l’espoir de faire oublier leurs propres carences dans les
origines cette crise. Les émetteurs voient dans cette charge
une bonne occasion d’accentuer la pression qu’ils exercent déjà sur la
profession. Ils espèrent que cela leur permettra de réduire encore les
honoraires tout en imposant toujours plus de diligences à des auditeurs qui
voient par ailleurs leurs contraintes réglementaires s’accroître après chaque
crise ou scandale financier.
Enfin, premiers bénéficiaires d’un affaiblissement des Big 4, les
autres cabinets d’audit s’empressent de dénoncer les méfaits de la
concentration et soutiennent toutes les initiatives qui permettraient de
redistribuer les cartes de la concurrence sans que cela leur demande des
efforts ou des investissements (on a cependant évité jusqu’à présent de parler
de discrimination positive mais cela ne saurait tarder … !)
Les solutions suggérées sont diverses et de portée et d’efficacité
inégales : renforcer le scepticisme professionnel des auditeurs, donner un
contenu plus riche aux rapports, renforcer les interdictions d’effectuer des
missions de conseil, organiser une rotation plus fréquente, généraliser le
système du double commissariat, limiter le montant d’honoraires qu’un cabinet
peut recevoir d’un même client, rendre plus transparents les comptes, réformer
la gouvernance des firmes, organiser des liens plus étroits entre les auditeurs
et les régulateurs… La nomination de l’auditeur par une tierce partie comme un
régulateur a même été avancée !
Il est difficile de prédire ce qui va sortir de ces débats, mais une chose
est sûre : cette frénésie qui vise à réduire la « domination »
des Big 4 risque surtout d’avoir des conséquences graves pour le marché
financier car elle se développe en dehors du cadre logique dans lequel elle
devrait s’inscrire, à savoir la bonne gouvernance des entreprises.
C’est la perspective retenue par le Financial Reporting Council (FRC) en
Grande Bretagne qui vient de publier un document très intéressant intitulé
« Effective
Company Stewardship: Enhancing Company Reporting and Audit ».
Ce document place le conseil d’administration au centre du dispositif de
l’information financière :
« Investors delegate control to Boards and receive reports about how that control is exercised. They expect the Board to provide strategic direction; to ensure its executives implement that strategy; and to report openly and honestly so that they can assess the progress being made (…) This system is dependent on the provision of robust and reliable information by companies to investors and on audit assurance of that information ».
Le fait que le conseil d’administration soit le premier responsable de
l’information financière n’est pas nouveau. Le
code de gouvernement d’entreprise français dispose que l’un des rôles du
comité d’audit est de vérifier « la fiabilité et la clarté des
informations qui seront fournies aux actionnaires et au marché ». Mais, à
l’occasion des discussions qui ont été menées dans différentes enceintes sur la
mise en œuvre de l’ordonnance du 8 décembre 2008, on a bien vu la réticence des
émetteurs et la gêne de beaucoup d’administrateurs face aux conséquences
pratiques de l’application de ce principe. De fait, il y a peu
d’administrateurs français qui lisent intégralement le rapport annuel de leur
société.
La perspective est totalement différente outre-Manche où les administrateurs
doivent s’assurer que l’ensemble des informations financières et non
financières donne une vue juste et équilibrée de la façon dont ils gèrent
l’entreprise. Le FRC a eu l’occasion a plusieurs reprises de se prononcer sur
le contenu de la communication financière, notamment dans son rapport
« Louder
than words » . L’un des principes à respecter est d’éviter les
rapports annuels promotionnels ou les rubriques rédigées de manière trop
juridique ou standardisée (comme la présentation des facteurs de risque).
Le contenu doit être riche, informatif et honnête. Le
rapport annuel de BAE System illustre parfaitement ces principes. Cessons
de penser que les investisseurs sont des éponges complaisantes. Ils ne sont pas
dupes lorsque l’entreprise publie un rapport annuel dithyrambique.
Au-delà de son jugement sur la performance financière et non financière de
l’entreprise, le conseil d’administration britannique doit développer une
compréhension intime du « business model » de l’entreprise, de sa
stratégie, des avantages compétitifs, des évolutions prévisibles de ses
marchés, des risques et de leur gestion, pour les exprimer aux actionnaires
d’une manière compréhensible et juste.
Le comité d’audit est naturellement une pièce essentielle dans ce
dispositif. Il doit expliquer aux actionnaires la façon dont il a exercé ses
responsabilités, notamment celle qui consiste à vérifier l’intégrité des
comptes de l’entreprise. Et, pour assumer cette lourde tâche, il s’appuie sur
les auditeurs.
C’est ici qu’est la clé du débat sur l’avenir de l’audit. L’indépendance de
l’auditeur, son scepticisme professionnel et sa liberté de parole dépendent de
la « protection » accordée par le comité d’audit. Son champ
d’investigation dépend du rôle que le conseil assigne à son comité
spécialisé.
C’est au comité qu’il appartient de valider le plan d’audit, de décider le
type de prestation complémentaire ou connexe que l’auditeur peut accepter, de
fixer le niveau d’honoraires correspondant aux travaux demandés et, pourquoi
pas, à la qualité constatée des prestations fournies. C’est aussi au comité
d’audit de décider s’il convient d’étendre le champ d’investigation de
l’auditeur à des vérifications d’éléments non financiers (information sur la
Responsabilité Sociale de l’Entreprise par exemple), ou si d’autres
prestataires sont plus qualifiés pour exercer cette fonction. C’est enfin à lui
de décider quelle est la taille du cabinet d’audit nécessaire : la
croissance des Big 4 est largement induite par celle de leurs clients
globalisés.
Il serait enfin logique que ce soit le comité qui décide s’il est pertinent
ou efficace d’avoir deux auditeurs. Le système du double commissariat aux
comptes n’est pas la panacée : c’est un facteur de limitation du choix des
entreprises ; il ne fait que répartir les travaux d’audit (le concept des
quatre yeux est très largement mythique et la coexistence de deux cabinets de
taille différente peut entraîner des comportements de passagers
clandestins) ; il comporte enfin de graves biais (tentation d’
« opinion shopping »).
Dans un tel contexte, le jeu serait totalement ouvert pour tous les
cabinets, quelque soit leur taille, car c’est le comité d’audit qui serait en
première ligne. Son intérêt serait de sélectionner le ou les conseils qui lui
seraient les plus utiles. Aujourd’hui, les cabinets d’audit se ressemblent
tous. Ils apparaissent incapables de trouver de véritables points de
différenciation lorsqu’il s’agit de proposer des services de commissariat aux
comptes. Dans un contexte où leur rôle serait avant tout d’éclairer les comités
d’audit sur des problématiques élargies, ils seraient incités à développer des
qualités et des compétences professionnelles différentes de celles d’un pur
gardien des procédures et normes comptables.
La question n’est donc pas de savoir comment réduire la domination des Big 4. Elle est avant tout de décider si les actionnaires ont besoin d’administrateurs indépendants, compétents et courageux et de leur accorder les moyens d’exercer leur responsabilité de manière autonome. Le reste suivra : le marché de l’audit et du conseil se transformera pour répondre à ces exigences nouvelles.
samedi 1 janvier 2011
Par Jean-Florent Rérolle le samedi 1 janvier 2011, 21:22 - Publications
A très bientôt ...
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