L'évaluation, la vraie, doit être réhabilitée !
Par Jean-Florent Rérolle le dimanche 7 septembre 2008, 18:28 - Techniques - Lien permanent
Je viens de publier avec Christian
Walter un article dans la revue Banque. Cet article s'intitule "Pour
une réhabilitation de l'évaluation financière".
On assiste aujourd'hui à une crise de la valeur et de ses outils. Cette
crise s'illustre de manière criante dans le débat sur l'évaluation des actifs
illiquides, mais elle affecte toutes les classes d'actifs de manière plus ou
moins forte :
- la crise de la valeur : c'est l'incertitude qui pèse sur la valeur fondamentale. Les déterminants réels de la valeur sont de plus en plus incertains tant dans leur montant, que leur probabilité d'occurrence ou leur durabilité. Cette incertitude affecte la valeur fondamentale, mais aussi la valeur boursière. On sait qu’il existe une psychologie des investisseurs et des comportements collectifs qui mettent en œuvre des schémas cognitifs précis et pathogènes devant la difficulté de cerner avec un minimum de précision une valeur fondamentale fuyante. En ce sens, la crise actuelle de la valeur est un facteur de renforcement des mécanismes mimétiques.
- la crise des outils de mesure de la valeur : force
est de constater que la logique stratégique dans laquelle avaient été promus
les outils modernes d'évaluation a disparu au profit d'une logique de
"compliance" fortement influencée par les normes comptables et le monde de
l'audit et des régulateurs. Dans les années 90, l'évaluation était considérée
comme un outil de mesure et de gestion de la valeur. Aujourd'hui elle est
utilisée comme un outil de conformité qu'il s'agit avant tout de standardiser
pour satisfaire aux besoins du contrôle des comptes et de l'information
financière. Non seulement, elle a perdu son âme, mais elle s'est fossilisée. En
effet, en déplaçant l'attention des dirigeants et des directeurs financiers sur
les enjeux comptables, elles ne les a pas incité à utiliser de nouvelles
approches plus éclairantes pour leur stratégie (mais plus perturbantes pour les
auditeurs).
Pourtant, les besoins d'une meilleure évaluation sont criants. Les
entreprises ne peuvent pas se permettre de ne pas comprendre le comportement
boursier de leur action. Une meilleure compréhension des attentes des
investisseurs et une conviction forte sur la capacité de l'entreprise à les
satisfaire à long terme est la clé pour éviter des décrochages brutaux et
durables du cours qui remettraient en cause la stratégie même de
l'entreprise.
En redonnant à l'évaluation toute sa signification stratégique, en l'utilisant plus pour l'action que pour l'information, les entreprises seront plus performantes et elles seront moins vulnérables aux attaques des activistes (voir mon billet sur la "desactivation des activistes").