Une nouvelle étude sur la prime de risque
Par Jean-Florent Rérolle le mardi 11 novembre 2008, 18:46 - Techniques - Lien permanent
En juillet dernier, j’avais consacré un post à la prime
de risque de marché qui est un paramètre essentiel dans la construction d’un
taux d’actualisation. Malgré l’existence d’une littérature abondante sur le
sujet, force est de constater que l'on est encore loin d'un consensus sur la
façon de la calculer.
On observe trop souvent des pratiques pour le moins curieuses : une illustration de la confusion ambiante est offerte par l’exemple que j’avais cité (et qui était tiré de la lettre Vernimmen de mars-avril 2007) de l’expert qui retient :
"une prime de 5% basée sur une moyenne d’un échantillon de 30 études: •dont une date d’avant 1965, •dont certaines ne font que citer d’autres études de l’échantillon qui se trouvent ainsi doublement pondérées, •dont deux études portent sur le marché danois alors que le reste des sources porte essentiellement sur le marché américain, •dont la même étude citée 2 fois parce qu’ayant changé de sponsor financier dans l’intervalle, •dont des manuels de finance qui ne font que citer des travaux de chercheurs sans mener leurs propres recherches, cités dans des éditions vieilles de plus de 15 ans et pourtant réactualisées régulièrement par leurs auteurs ! "
De même, certains organismes (Ibbotson)
ou experts (Roger
Grabowski) continuent de publier des recueils de primes historiques
présentés (notamment par les professionnels américains) comme des références
incontournables pour les évaluateurs.
Pourtant, il faut rappeler que dans la perspective d’une évaluation, la
prime de risque ne peut être que prospective et non historique. La valeur d’une
entreprise dépend de l’exigence de rentabilité des investisseurs au jour où
celle-ci est calculée et non de la rentabilité observée dans le passé.
D’ailleurs, la prime de risque historique évolue dans un sens contraire à celui
de la prime de risque implicite. Lorsque les cours augmentent (baissent) la
prime de risque historique augmente (baisse) et la rentabilité exigée baisse
(augmente). On s'étonne que des experts continuent de vanter les mérites des
primes historiques.
Aswarth Damodaran, professeur à la Stern School of Business et bien connu des évaluateurs vient de publier un papier de travail sur ce sujet : « Equity Risk Premium (ERP) : Determinants, Estimation and Implications». Il s’agit d’une étude très complète qui effectue une revue critique des différentes techniques de calcul de l’ERP (statistiques historiques, enquêtes et calcul d’une prime implicite) et propose une grille d’analyse pour effectuer un choix entre les approches concevables.