Les banques face à la dette LBO
Par Jean-Florent Rérolle le samedi 25 juillet 2009, 15:39 - Finance - Lien permanent
La dette LBO constitue un risque important pour les principales banques
françaises qui sont exposées à hauteur de 28 milliards d’euros. Si le nombre de
LBO en défaut de paiement demeure encore relativement limité, une augmentation
significative est très probable dans les 12 à 24 prochains mois. Dans bien des
cas, ces dettes ne pourront jamais être remboursées complètement. Des
restructurations sont inévitables pour mettre en place des structures
financières compatibles avec une création de valeur plus modeste que celle que
l’on avait imprudemment imaginée avant la crise.
Si les banques partagent avec les fonds de LBO la responsabilité de cette
situation, leurs positions de négociation sont bien différentes. Lorsqu’ils
sont prêts à investir (ou réinvestir) du « new money » les fonds
exercent une pression forte sur les banques et demandent des abandons de
créances importants afin de créer des conditions d’exercice favorable de la
nouvelle option qu’ils vont détenir. Cette pression s’appuie opportunément sur
une situation politique et sociale très défavorable aux banques dont on attend
qu’elles se « rachètent » après avoir précipité l’économie mondiale
dans la situation de crise que l’on connaît. Elle s’appuie aussi sur la
meilleure information dont les fonds disposent sur l’entreprise grâce à leur
proximité avec le management qui, de plus, ont les mêmes intérêts patrimoniaux
qu’eux. Les fonds peuvent se faire une idée plus juste de la valeur en cas de
meilleure fortune.
Face à cette situation déséquilibrée, les banques ont jusqu’à présent
temporisé, en négociant au cas par cas des solutions transitoires. A
l’exception de quelques dossiers emblématiques comme Autodistribution où elles
n'ont pas su éviter des sacrifices importants, elles n’ont pas procédé à des
provisions massives sur ces dettes.
Cependant, on constate une évolution sensible dans le comportement des
banques. La récente restructuration de Monier et diverses déclarations de
dirigeants de banques montrent que ces dernières sont aujourd’hui prêtes à
adopter une stratégie proactive dans le processus de négociation et à accepter
des montages financiers plus flexibles, qui ne sont pas pour autant exempts de
toute difficultés.
En particulier, les banques doivent mettre en place des outils pour mesurer
et comptabiliser la valeur (i) des entreprises en difficulté, (ii) des
différents instruments financiers associés à la structure LBO existante et
(iii) des futurs instruments associés à la structure de remplacement envisagée.
Ces outils, pour être utiles à la négociation et à la décision, doivent être
particulièrement sophistiqués puisqu’ils traitent d’objets complexes dans des
situations particulièrement volatiles ( voir mon
post sur les problématiques d'évaluation dans les situations complexes de
restructuration) .
Les banques sont aujourd’hui prêtes à convertir la dette LBO en instruments
donnant accès à des fonds propres. Cette conversion permet de régler le
problème classique en théorie financière des transferts de valeur entre
actionnaires et créanciers.
Je viens d'écrire un article en collaboration avec
Franck Bancel, Professeur de finance à l'ESCP
Europe et François Faure, Managing director de Houlihan Lokey sur les
modifications récentes du comportement des banques dans les renégociations des
dettes LBO. Cet
article est paru dans la
Tribune du 24 juillet dernier.