Une proposition toute simple pour limiter le cumul des mandats dans les conseils d'administration
Par Jean-Florent Rérolle le lundi 28 septembre 2009, 07:31 - Gouvernance - Lien permanent
Le débat sur le cumul des mandats est relancé avec la
nomination d'Henri Proglio à la tête d'EDF. Il semblerait que les remous
qui ont agité la place au cours de ces dernières semaine avaient comme origine
le souhait de l'intéressé de rester à la tête de Véolia.
Cette question du cumul touche au bon fonctionnement des conseils.
L'administrateur qu'il soit ou non mandataire social doit être disponible pour
la fonction qui lui a été confiée. Le code de gouvernement des entreprises
parle d'administrateurs actifs, présents et impliqués. Compte tenu des
compétences croissantes dévolues aux conseils d'administration (en particulier
à leurs différents comités) et à la complexité des organisations et de
l'environnement économique, la fonction devient de plus en plus astreignante en
temps. Dès lors, on peut se demander légitimement si les administrateurs
cumulards remplissent effectivement leur rôle. Cette question est encore plus
légitime lorsque l'administrateur occupe des fonctions exécutives dans une
entreprise de premier plan. On sait la charge qui pèse sur les épaules d'un
dirigeant. Et c'est d'ailleurs la raison essentielle qui justifie des
rémunérations importantes. Comment peut-on diriger une entreprise
multinationale et assumer correctement des positions d'administrateurs dans des
entreprises non moins importantes. Nous avons affaire à des personnalités
extrêmement intelligentes et efficaces, mais il y a des limites ... !
On sait que le législateur est intervenu sur cette question du cumul des
mandats. Il existe un
régime juridique précis dont les modalités principales sont les
suivantes :
- une personne physique ne peut pas exercer simultanément plus de 5 mandats
d'administrateur ou de mandat de membre du conseil de surveillance (il existe
des dérogations à ce principe comme les mandats à l'intérieur du même groupe ou
les mandats à l'étranger)
- une personne physique ne peut exercer simultanément plus d'un mandat de
directeur général de sociétés anonymes ayant leur siège sur le territoire
français (là aussi des dérogations sont prévues).
- la loi prévoit la limitation à 5 des mandats cumulés de directeur général,
de membre de directoire, de directeur général unique, d'administrateur ou de
membre de conseil de surveillance.
L'Institut Français des
Administrateurs (IFA) va plus loin. Il considère que si un administrateur
dont c’est l’activité unique peut exercer quatre ou cinq mandats différents,
"il est en revanche très difficile de le faire pour un dirigeant en activité" .
Dans ces conditions, l'IFA propose que lorsqu’un administrateur exerce des
responsabilités exécutives dans une société cotée, il ne détienne pas plus de
deux autres mandats d’administrateur dans des sociétés cotées, en dehors des
filiales du groupe.
Le rapport annuel de gestion comporte la liste de l’ensemble des mandats et
fonctions exercés dans toute société par chacun des mandataires sociaux au
cours de l’exercice (Code de commerce art. L.225-102-1, al.4).
Donc nous avons là toute une batterie de règles et de bonnes pratiques qui
représentent certainement une amélioration par rapport aux pratiques anciennes
du capitalisme français, mais qui sont bien loin d'être satisfaisantes pour
garantir aux actionnaires que les administrateurs ont les moyens de faire leur
travail correctement.
C'est pourquoi je suggère une idée toute simple qui pourrait
transformer cette pratique. Il s'agirait d'ajouter aux informations
données dans le rapport annuel une estimation du temps consacré par
l'administrateur à ses différents mandats (en incluant tous les
mandats y compris ceux qu'il possède à l'étranger et dans de grandes
associations, fondations ou organisations professionnelles). Exprimée en
pourcentage de son temps de travail, cette estimation serait purement
déclarative et ne pourrait bien sûr pas dépasser 100% ! Elle
serait accompagnée du montant de la rémunération touchée pour chacun des
mandats déclarés.
Cette information annuelle permettrait de mieux comprendre qu'elles sont les priorités de chaque administrateur et permettrait un contrôle plus efficace de la part des actionnaires (et des salariés aussi ...) sur l'action et l'implication des dirigeants et des conseils d'administration.
Commentaires
Bonjour,
Que pensez-vous du changement de structure (one-tier Board to one-tier Board) chez Axa?
Cela va faciliter le processus de décision. Mais qu'adviendra-t-il du pouvoir de surveillance du conseil et de l'indépendance des administrateurs?
Axa explique aussi ce changement par la nécessite de faire face au défi du futur. L'entreprise masque-t-elle la réalité (i.e. donner les pleins a pouvoirs a Mr. de Castries)? Quels réels avantages apportent une structure en simple conseil d'administration? Avec cette nouvelle structure, l'investissement Socialement Responsable (grande tendance actuelle) sera-t-il privilégié par Mr. De Castries?
Merci pour vos réponses
Merci pour votre question à laquelle je me suis efforcé d'apporter une réponse dans un post du 11 octobre 2009
http://www.rerolle.eu/post/2009/10/...