Dépréciation de goodwill : les secteurs les plus menacés en Europe
Par Jean-Florent Rérolle le lundi 12 octobre 2009, 08:05 - Actualité de l'évaluation - Lien permanent
Houlihan Lokey vient de publier une étude
sur les risques de dépréciation de goodwill auxquels les entreprises
européennes sont confrontées.
Le constat est clair : beaucoup de secteurs n’ont pas encore procédé
aux dépréciations qui semblent nécessaires si l’on prend en considération les
éléments suivants : de décembre 2005 à mars 2009 :
- les acquisitions des 600 entreprises du Dow Jones Stoxx se sont élevées à 1800 milliards d’euros.
- leur montant total cumulé de dépréciation de goodwill n’a pas dépassé 200 milliards
- leur valeur boursière à chuté de 44% (et si l’on tient compte du
redressement récent de la bourse, la diminution est encore de 21%).
Même si ces données globales recouvrent forcément des situations
individuelles contrastées (une entreprise peut avoir des unités génératrices de
trésorerie « impaired » tout en ayant une valeur de marché supérieure
à sa valeur comptable et vice-versa), il semble quand même que, collectivement,
les entreprises n’aient pas tiré toutes les conséquences comptables de la crise
qui les frappe.
On rappelle que, selon
la norme IAS36, la valeur recouvrable des actifs doit être mesurée
annuellement et chaque fois qu’il y a une indication de perte de valeur. Les
actifs concernés sont les immobilisations incorporelles à durée de vie
illimitée et le goodwill. Si la valeur recouvrable de ces actifs est inférieure
à celle inscrite dans les comptes, l’entreprise doit passer une dépréciation.
La valeur recouvrable est la valeur la plus élevée entre la
juste valeur diminuée des coûts de vente et
la valeur d’utilité. La norme prévoit les modalités de calcul de la valeur
recouvrable, modalités qui sont sur le point de changer avec la
nouvelle norme Fair Value Measurement.
IAS36 a établi la liste des indicateurs externes révélateurs d’une perte de
valeur : un déclin significatif de la valeur de marché des actifs, des
changements importants dans l’environnement technologique, économique et
juridique de l’entité ayant des conséquences négatives sur celle-ci, une
augmentation des taux d’intérêt, une valeur comptable de l’entité supérieure à
sa capitalisation boursière. Avec la crise, la plupart de ces indicateurs ont
été allumés, et ils clignotent encore !
Afin d’identifier les secteurs les plus exposés à des dépréciations,
Houlihan Lokey a défini un indicateur de risque d’impairment sur la base de
deux ratios : d’une part, la somme cumulée des prix d’acquisition
rapportée à la capitalisation boursière de fin de période, et d’autre part, la
capitalisation boursière rapportée à la valeur comptable des fonds propres. En
fonction de leurs scores, les entreprises sont réparties en quatre classes de
risque allant de l’orage au beau temps en passant par une zone pluvieuse et une
zone nuageuse.
Le tableau suivant montre la distribution de l’échantillon.

Le résultat de l’étude est éloquent :
- 33% des entreprises de l’index ont une capitalisation boursière inférieure ou égale inférieur ou juste supérieure à la valeur de leur situation nette comptable.
- Les secteurs les plus en risque (entreprises avec un ratio Capitalisation boursière / situation nette inférieur à 1 et un ratio de Prix d’acquisition / capitalisation boursière inférieur à 0,25) sont : les industries de la défense, l’industrie automobile, les banques, les assurances et l’immobilier.
- Au total, une centaine d'entreprises se trouvent dans une zone d'orage
- Seule l’industrie de la santé est dans une zone ensoleillée.
Les résultats de l'étude sont présentés par industrie avec pour chacune
d'entre elles une répartition des entreprises par zone de risque (voir
l'exemple du secteur "consumer products, food and retail" ci-après).

On peut télécharger le rapport complet sur le site de Houlihan Lokey. Les Echos du 12 juin consacrent un article à ce rapport.