La bonne gouvernance donne plus de valeur à la fair value !
Par Jean-Florent Rérolle le lundi 31 mai 2010, 21:27 - Gouvernance - Lien permanent
L'une des critiques adressées à la norme SFAS 157 (Fair Value
Measurement) réside dans le caractère hautement subjectif des évaluations en
juste valeur dès lors que les hypothèses utilisées ne sont plus de Niveau
1 (données sur des marchés cotés et actifs), mais de Niveau
2 (hypothèses dérivées de données de marché comparables) ou, encore pire,
de Niveau
3 (hypothèses non observables sur un marché et formulées par le
management).
Avec la crise, les entreprises ont eu de plus en plus tendance à abandonner
les deux premiers niveaux au profit du troisième avec la bénédiction du
régulateur. Il faut dire que, dans bien des cas, les données de marché
n'étaient pas très probantes lorsqu'elles n'étaient pas carrément
inexploitables. Je ne les blâme pas car j'ai toujours été très sceptique à
l'égard des
méthodes analogiques que je considère comme particulièrement archaïques et
trompeuses. Reste que les actionnaires peuvent légitimement penser que les
chiffres qui leur sont fournis sont manipulés ou, au minimum, biaisés par la
subjectivité des managers. Il en résulte une asymétrie d'information
préjudiciable à la fiabilité de la valeur boursière.
Comment convaincre les investisseurs que les évaluations du management ont
été correctement effectuées ?
Une étude (*)
portant sur l'industrie bancaire (il s'agit là bien sûr d'une des limites de ce
travail) dont un résumé vient d'être posté sur le
blog de la Harvard Law School Forum on corporate governance and financial
regulation apporte une première réponse : un bon système de gouvernance
renforce la "value relevance" (**) de la fair value. Les auteurs utilisent
plusieurs critères de gouvernance dans leur analyse : l'indépendance du
conseil, l'expertise du comité d'audit, la fréquence des réunions de ce comité,
le pourcentage du capital détenu par des investisseurs institutionnels, la
taille de l'auditeur et le fait que l'on ait pas identifié de faiblesses dans
le contrôle interne au sens des articles 302 et 404 de la loi
Sarbanes-Oxley.
Leurs conclusions sont les suivantes :
- Les trois niveaux sont "value relevant", le niveau 3 étant moins pertinent
que les autres.
- La pertinence dépend de la qualité de la gouvernance de l'entreprise :
lorsque celle-ci est faible, la value relevance des niveaux 1 et 2 diminue
légèrement, et celle du niveau 3 devient insignifiante (c'est à dire qu'elle
perd toute signification aux yeux des actionnaires). En revanche, lorsque la
gouvernance est bonne, les valeurs issues d'hypothèses de niveau 3 retrouvent
une signification forte.
The increase in asset valuations for each of the levels is consistent with strong governance reducing information asymmetry and mitigating estimation errors or reporting biases, and this is especially apparent for Level 3 assets (i.e., unobservable, firm-generated amounts) where information asymmetry is expected to be the highest.
Tout cela semble assez logique. J'ajouterais qu'il existe un moyen supplémentaire de rassurer les investisseurs sur la qualité des évaluations réalisées dans le cadre de SFAS 157 ou dans celui de nature similaire proposé par l'IASB (voir mon post sur ce projet) : c'est le recours à un expert indépendant !
================================================
(*) Song, Chang Joon, Thomas, Wayne B. and Yi, Han , Value Relevance of FAS
157 Fair Value Hierarchy Information and the Impact of Corporate Governance
Mechanisms (August 13, 2009). Accounting Review, Vol. 85, No. 4,
2010.
(**) "The value relevance literature deals with the usefulness of financial statement information in equity valuation. Examples of overall research questions addressed in such studies are: How well do accounting figures measure value? What ac- counting figures capture information about value? What accounting figures can be used to predict value attributes? Can accounting figures be used to predict future value?" (Henrik Nilsson)