Goodwill des entreprises européennes : quels sont les risques de dépréciation ?
Par Jean-Florent Rérolle le dimanche 26 septembre 2010, 11:21 - Actualité de l'évaluation - Lien permanent
Houlihan Lokey
vient de publier sa deuxième étude sur les écarts d’acquisition des entreprises
européennes. L’échantillon utilisé est composé des sociétés du Stoxx Europe 600.
De 2005 à 2009, le montant des acquisitions de ces entreprises s’est élevé à
1900 milliards d’euros. Une partie importante de ces opérations se sont
déroulées dans des conditions de marché nettement plus favorables que celles
que nous connaissons aujourd’hui. Malgré la
chute importante des capitalisations boursières, la révision
constante des prévisions de croissance de l’économie européenne, et la
chute importante des résultats, les entreprises
n’ont pas procédé à des dépréciations significatives de leur
goodwill.
Le montant total comptabilisé au titre des provisions pour dépréciation des
écarts d’acquisition n’est que de 200 milliards d’euros sur la même période,
dont seulement 100 milliards d’euros au plus haut de la crise financière en
2008-2009. Sur ces 100 milliards d’euros, un tiers environ se concentre sur
deux banques seulement. En 2009, sur 600 sociétés analysées, seules 194
sociétés ont comptabilisé des provisions pour dépréciation des écarts
d’acquisition (et seulement 200 sociétés en 2008).

Afin d’identifier les secteurs les plus exposés à des dépréciations,
Houlihan Lokey a défini un indicateur de risque d’impairment sur la base de
deux ratios : d’une part, la somme cumulée des prix d’acquisition
rapportée à la capitalisation boursière de fin de période, et d’autre part, la
capitalisation boursière rapportée à la valeur comptable des fonds propres. En
fonction de leurs scores, les entreprises sont réparties en quatre classes de
risque allant de l’orage au beau temps en passant par une zone pluvieuse et une
zone nuageuse.
Environ 24 % des 600 sociétés analysées exhibaient un taux de risque de
dépréciation (mesurée par le ratio capitalisation boursière / valeur comptable
des fonds propres) inférieur à 110 %. En 2008, c’était le cas d’environ 40 %
des sociétés, une situation très différente des années d’avant la crise où
seulement 7 % des entreprises étaient concernées. Quelques secteurs –
automobile, établissements financiers (banques, établissements financiers –
assurance), immobilier, hôtellerie et loisirs – sont encore dans une zone de
risque de dépréciation.
Cette étude est donc moins alarmante que celle qui avait été
publiée précédemment, mais la question de savoir si les bilans de certaines
entreprises reflètent correctement la juste valeur prônée par les normes
comptables est une question qui continue de se poser (même si les investisseurs
ont déjà répondu !).
Depuis le début de la crise, la magnanimité des régulateurs, la
compréhension des auditeurs et l’encouragement des politiques ont permis aux
émetteurs de différer la pleine application de la fair value (voir mon
post sur le débat sur la juste valeur).
Pourtant, il faut rappeler aux entreprises que, même s'il est évident que
les investisseurs utilisent les informations sur les dépréciations de goodwill
(voir
l'étude de Ernst & Young sur le
sujet), toutes les études montrent que l’annonce d’une dépréciation n’a
pratiquement pas d’effet sur le cours de bourse de l’entreprise, les
investisseurs ayant généralement anticipé cette situation (voir par exemple
l'analyse
récente de PwC). Bien au contraire, les investisseurs apprécient que les
entreprises leur disent la vérité. Chercher à tergiverser est contreproductif.
La transparence et l’honnêteté sont rémunérées par le marché (voir le papier de
Damodaran, "the
value of transparency and the cost of complexity"). L’opacité ou la
négation de l’évidence sont pénalisées.
Cette étude peut être téléchargée sur le site de Houlihan Lokey.