le blog de Jean-Florent Rérolle

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vendredi 18 janvier 2008

Evaluer l'insaisissable

L’évaluation des intangibles est un sujet brûlant pour des raisons comptables et stratégiques. Dans le cadre de leurs obligations comptables, les entreprises doivent s’interroger annuellement sur la valeur recouvrable de leurs actifs tangibles et intangibles. Par ailleurs, en raison de la place croissante des actifs intangibles dans le modèle de développement des entreprises, les directions générales sont incitées à mieux les appréhender afin de mieux les gérer et de mieux communiquer au marché la réalité financière de l’entreprise.

J’ai récemment traité de cette problématique dans un article d’Echanges, la revue de la DFCG (Association des Directeurs Financiers et des Contrôleurs de Gestion), article intitulé : "Evaluer l'insaisissable : mission impossible?". Je ne cache pas mon scepticisme devant les méthodes utilisées habituellement par les évaluateurs. Face aux difficultés méthodologiques que l'on rencontre dans ce domaine, l'évaluation doit être plus que jamais un outil d'analyse au service de la stratégie (même s'il faut souvent conclure par une valeur, l'humilité est nécessaire dans ce domaine ô combien complexe).

Au bout du compte, je pense que le marché financier est probablement le plus qualifié pour mettre un chiffre sur l'intangible. C'est d'ailleurs ce qu'il fait tous les jours: > La capitalisation boursière totale du CAC 40 s’établit à 1 309 Mds € au 31 décembre 2006, la valeur comptable de l’indice à 600 Mds €. Les actifs incorporels, y compris le goodwill, représentent 427 Mds € au sein des bilans du CAC 40, soit 32,6% de la valeur boursière totale. Le goodwill représente 60% du total des actifs incorporels. (Source: Profil Financier de l'entreprise du CAC 40, Ricol & Lasteyrie) Mais pour être sûr que la valeur des intangibles reflète la réalité, il est de la responsabilité des entreprises de donner au marché les informations financières et non financières dont il a besoin : le marketing actionnarial devient alors une fonction essentielle de la direction financière.

Retour sur les bonus des banquiers d'affaires

L'analyse des bonus dans les banques d'affaires a fait l'objet d'un certain nombre d'études ou d'articles. Dans un article intitulé "Les hauts salaires dans la banque" publié dans la Revue française d'Economie" n°1, vol XXII, juillet 2007, François Meunier présente d'abord l'ampleur de la question en recourant à un multiple du salaire brut moyen (MSM) du professeur certifié du secondaire. Les 7 à 10000 managing directors des banques américaines ont un MSM supérieur à 12 MSM. Un quart d'entre eux a un MSM supéieur à 65. Si l'on prend l'exemple de Goldman Sachs, la moyenne des MSM tout grade confondu (y compris les personnels administratifs) s'élève à 17.

Trois types d'explication sont analysées par François Meunier.

1. La première considère que l'importance du salaire est directement reliée à la productivité élevée des individus et au fait qu'il existe des effets d'échelle croissant dans ces métiers. L'auteur montre que l'argument de la productivité ne résiste pas à l'analyse : il existe d'autres secteurs ou métiers comparables qui n'ont pas les mêmes niveaux de rémunération (haute technologie ou directeurs financiers). A l'exception de quelques métiers de banque d'affaires qui peuvent prétendre connaître un "effet Pavarotti" (effets d'échelle croissant), la plupart restent bien trop loin de cette logique pour que le second terme de l'argument soit pertinent.

2. La seconde explication consiste à reconnaître au banquier d'affaires une position de force dans la négociation salariale qu'il a avec ses dirigeants et donc ses actionnaires. Les salariés controleraient ainsi la rente créée. Cette explication avait été imaginée par Olivier Godechot dans son étude "Hold-up en finance. Les conditions de possibilité des bonus élevés dans l’industrie financière" :

L’idée générale du hold-up dans le cas d’actifs redéployables est la suivante : si l’investissement que l’entreprise – fait dans l’activité financière est tout ou partie redéployable par un salarié chez un concurrent de l’entreprise, le salarié qui menace de partir chez le concurrent pourra renégocier son salaire, imposer une autre répartition de la valeur et obtenir les profits de l’investissement collectif.

François Meunier relève la collusion qui vient renforcer ce mécanisme de hold up :

Au total, prenant en quelque sorte son employeur en otage, le salarié, dès qu’il a acquis une certaine expérience, dispose d’un rapport de force très favorable. Le mécanisme même des bonus illustre cette gouvernance très particulière. Par un mécanisme de « closed shop », c'est l’ensemble du management qui est solidaire du niveau de rémunération. Le chef de salle dira toujours qu’il paie son trader tel niveau parce que « c’est le prix de marché ». En même temps, si le trader est payé plus, le responsable l’est souvent plus encore, avec une démultiplication Pavarotti, sous la menace latente de partir avec une bonne part du savoirfaire collectif. Il y a conflit d’intérêt au sein même du management chargé de fixer les conditions salariales.

3. la troisième explication repose sur l'existence d'anomalie de marché dans les relations entre les banques et leurs clients : les seconds paieraient trop chers les services des premiers. D'une part, compte tenu des masses financières en jeu, les honoraires des banques seraient relativement indolores. d'autre part, il existe une convention de tarif qui est dérivée d'une convention salariale: en raison de la fluidité du marché, les banques sont contraintes de payer un salaire de marché. Elles connaissent donc les structures de coûts de leurs compétiteurs et il en découle un tarif de marché que les clients peuvent difficilement négocier.

On a une présomption indirecte de ce mécanisme quand on compare Wall Street à la City ou plus encore à Paris : la concurrence est la plus vive à Wall Street ; pourtant, plus importants sont ses niveaux tarifaires. Une mise en bourse est tarifée 6% à New-York contre 4% à Londres et 3% à Paris.

A ces explications je rajouterais celle que j'avais évoquée dans la "dangerosité des bonus des banques d'affaires", à savoir la collusion naturelle entre les dirigeants et les banquiers d'affaires. Outre ses aspects moraux, la question des bonus des banquiers d'affaires soulève donc des interrogations multiples dans le domaine de la gouvernance d'entreprise.

La dangerosité des bonus des banquiers d'affaires

La Tribune consacre aujourd'hui sa dernière page à un débat intéressant sur les banques d'affaires: les bonus sont-ils à l'origine des crises financières ?

Malgré la crise, le montant des bonus pour l'année 2007 devrait atteindre un record. C'est ainsi qu'au moment où Morgan Stanley annonce une perte de près de 10 milliards de dollars, son bonus pool augmente de 18%. Le ratio rémunération / revenu s'élève à 59% alors qu'un ratio de 50% est déjà une belle performance dans le secteur.

Deux questions se posent alors : le niveau de rémunération des banquiers d'affaires est-il justifié ? Existe-t-il des effets pervers à cette situation ?

La réponse à la première question dépend de l'importance des ressources disponibles sur le marché du travail des banquiers d'affaires et de la valeur apportée par ces derniers à la structure qui les rémunére. Dans l'article de la Tribune, Valérie Colli, chasseur de têtes spécialisée dans le secteur financier justifie le montant des bonus en utilisant ces deux arguments :

ces modes de rémunérations ne sont pas pervers en soi. Ils reflètent les profits considérables dégagés sur desmarchés globalisés et demeurent le seul moyen pour attirer des talents sur un segment où la demande est structurellement supérieure à l’offre.

Je ne sais pas si la demande est effectivement supérieure à l'offre (j'ai plutôt une impression contraire), mais pour ce qui est des "profits considérables", l'argument est un peu court : encore faut-il s'assurer qu'ils sont effectivement expliqués par l'excellence des banquiers qui les génèrent et non par un coup de chance ou des facteurs conjoncturels favorables. Dans un article paru récemment dans le Financial Times, Raghuram Rajan explique que rares sont les banquiers qui sont vraiment en mesure de dégager des alphas, seule véritable valeur ajoutée justifiant le versement d'un bonus :

Alpha is quite hard to generate since most ways of doing so depend on the investment manager possessing unique abilities – to pick stocks, identify weaknesses in management and remedy them, or undertake financial innovation. Such abilities are rare. How then can untalented investment managers justify their pay? Unfortunately, all too often it is by creating fake alpha – appearing to create excess returns but in fact taking on hidden tail risks, which produce a steady positive return most of the time as compensation for a rare, very negative, return.

Cette remarque dévoile une partie de la réponse à la seconde question. Il est évident que la structure de rémunération des banquiers d'affaires peut les pousser à prendre des risques importants soit pour leurs clients, soit pour leurs banques. Leurs profils de gain est similaire à celui d'une option. L'upside est (presque) infini et le downside est limité. D'autant que les bonus sont versés très rapidement alors que les pertes subies à la suite d'innovations ou d'idées risquées ne se matérialisent que bien plus tard. Tous les métiers de la banque d'affaires (Structured finance, Project finance, Corporate Finance, Equities, Fixed Income...) ainsi que tous les acteurs du marché financier(private equity, hedge funds ...) sont concernés par ces rémunérations exceptionnellement élevées.

Plus profondément, il faut se poser la question de savoir s'il n'existe pas une certaine collusion entre les dirigeants et les banquiers d'affaires (et d'une manière générale les professions financières dans lesquelles on peut ranger les auditeurs spécialisés dans les due diligence) qui expliquerait les dysfonctionnements de la gouvernance d'entreprise. On connait le goût des dirigeants pour les stratégies d'"entrenchment" qui consistent à mener des actions destinées à sécuriser leur position à la tête de leurs entreprises. Parmi les techniques bien connues figurent le sur-investissement (construction d'empires) ou l'investissement dans des activités où leur présence est particulièrement nécessaire. Ces stratégies permettent également aux dirigeants de justifier des packages de rémunération croissants avec la taille de l'entreprise. Une politique de croissance externe très active est donc bonne pour les dirigeants (voir par exemple les travaux Bebchuck et par exemple son papier intitulé "firm expansion and CEO pay" sur ce sujet), même si l'on sait que cela se traduit généralement par une destruction de valeur pour leurs actionnaires.

Dans ces conditions, les banques d'affaires et tous les professionnels du M&A sont des alliés objectifs des directions générales. Cela explique en partie le montant important des commissions attribuées aux banques lors d'opérations de fusions-acquisitions. On ne saurait rien refuser à ceux qui se donnent tant de mal pour vous protéger et vous donner de bonnes raisons d'augmenter votre rémunération.

Cette collusion est encore plus évidente dans les LBOs. Dans un article du Financial Times du 4 février 2007, John Gapper décrivait ce conflit d'intérêt recontré régulièrement dans ces opérations, conflit qui se règle systématiquement au détriment des actionnaires de la société cible :

To state the obvious, any chief executive who plans to buy the company that he or she leads faces a huge conflict of interest with its shareholders. The job of an executive is to make a company as valuable as possible so that its shares fetch the highest possible price. But any director who bids for a company is eager to pay as little as possible so that he or she can reap the maximum reward in the future. There are always conflicts of interest between shareholders and managers of public companies, but they escalate when private equity firms hove into view.

Il appartient aux conseils d'administration de mettre un peu d'ordre et de moralité dans ces situations pour le moins malsaines. A défaut, les pouvoirs publics s'intéresseront à la question. Il nous faut réagir : il y va de l'intérêt des actionnaires comme de la légitimité de notre système capitaliste.

dimanche 13 janvier 2008

Le dinosaure de la mauvaise gouvernance

Martin Lipton, de la firme Wachtell, Lipton, Rosen & Katz est devenu célèbre aux Etats Unis en créant les fameuses poisons pills. C'est le spécialiste des stratégies d'"entrenchment" des managers. Très régulièrement, il envoit à ses clients des petites notes sur les évolutions de la réglementation et de la jurisprudence du droit des affaires américain. Un article paru dans le New York Times épingle sa dernière production en soulignant le décalage de ses recommandations avec les bonnes pratiques de gouvernance telles qu'elles sont aujourd'hui admises par la communauté financière. "Questioning an advisor's advice" est un article à lire, mais, à mon avis, il ne va pas assez loin dans la critique qui peut être faite à ce célèbre avocat. Personnellement, j'ai été beaucoup plus surpris par la note qu'il avait envoyée le 20 décembre et qui s'intitule " there is no connection between corporate governance and corporate performance". C'est une véritable déclaration de victoire à laquelle se livre Matin Lipton :

"Year after year, academics, many of whom are the most radical of the governance advocates, have produced statistics designed to show that golden parachutes, poison pills, staggered boards, independent directors who are CEOs (or former CEOs), CEOs who are also chairman and the balance of the annual bad governance lists published by CII, ISS and others like CalPERS and TIAA-CREF result in lower stock prices, poor relative performance and excessive executive compensation. When confronted by examples of increased shareholder value, superior performance and compensation that clearly is merited by performance, they have rejected them as “anecdotal” and not worthy of academic consideration. Now, three leading academics have reviewed and analyzed most of the studies of the relationship between corporate governance and performance and have concluded that they in fact do not prove the proposition they are cited for."

A la lecture de ces lignes, je me suis précipité sur l'étude en question et quelle n'a pas été ma surpise en découvrant que les auteurs n'ont jamais dit cela ! En réalité, ils mettent en cause non pas les liens entre la gouvernance et la performance, mais la capacité des index de gouvernance à expliquer la performance des entreprises :

"Our core conclusion is that there is no consistent relation between governance indices and measures of corporate performance. Namely, there is no one “best” measure of corporate governance: the most effective governance institution appears to depend on context, and on firms' specific circumstances. It would therefore be difficult for an index, or any one variable, to capture critical nuances for making informed decisions"

Il est dommage que Martin Lipton n'ait pas pris la peine de lire plus attentivement cette étude avant d'envoyer sa lettre aux dirigeants américains. Il ne faudrait pas qu'ils s'imaginent que tous les progrès qu'ils ont faits n'ont servis à rien !

dimanche 25 novembre 2007

L'évaluation du risque de gouvernance

La gouvernance d’entreprise est un des éléments clé de la confiance des investisseurs. A ce titre, elle participe à la création de valeur de l'entreprise.

Facteur de confiance, les entreprises ont intérêt à communiquer sur les mécanismes de gouvernance qu'elles ont mis en place pour assurer la qualité et l'équité de leurs décisions. De fait, de nombreux détails sont fournis dans les rapports annuels ou les sites internet. En France, depuis la loi de Sécurité Financière, le Président du Conseil d’administration des sociétés cotées doit « rendre compte des conditions de préparation et d’organisation des travaux du conseil », et une recommandation de l’AMF invite les émetteurs à consacrer un chapitre spécifique sur le gouvernement d’entreprise et le contrôle interne dans leur document de référence.
Au delà de ce foisonnement, comment l’investisseur peut-il mieux apprécier les qualités d’une entreprise dans ce domaine ? C'est ici qu'un observateur spécialisé peut s'avérer très utile : l'agence de rating. La multiplication des codes de bonne conduite en matière de gouvernance, les réglementations boursières et la transparence des entreprises leur permettent à présent d’élaborer un système d’analyse précis pour apprécier la qualité des systèmes de gouvernance mis en place par les entreprises.

Deux types d’acteurs effectuent régulièrement des analyses de gouvernance au profit des investisseurs:

  • Les agences de rating classiques. Elles se sont toujours intéressées à cette question, mais le font aujourd’hui de manière beaucoup plus structurée. Standard & Poors avait même créé il y a quelques années un département spécialisé chargé de commercialiser une offre de rating de gouvernance. En raison du faible succès commercial de cette initiative, ces spécialistes ont été réintégrés dans la structure de rating classique et interviennent à présent aux côtés des analystes crédit pour apporter en cas de besoin un éclairage sur la gouvernance des entreprises pour lesquelles on a identifié un problème. De la même manière, Moody’s et Fitch ont intégré dans leur méthodologie une analyse spécifique de la gouvernance. Pour cette première catégorie d’acteur, il ne s’agit donc pas de rating à proprement parler. La gouvernance fait simplement l’objet d’une attention structurée dans le cadre de la notation classique qui, il faut le rappeler est réalisée pour les créanciers (à la différence de l’autre catégorie
  • Des spécialistes de la gouvernance. A la différence de celles de la catégorie précédente, ces firmes sont spécialisées dans le conseil aux actionnaires et elles ont développé de véritables systèmes de notation : leurs grilles d’analyse de la gouvernance donnent lieu à une note. Créée en 1985, ISS (Institutional Shareholder Services ) a lancé en 1986 Proxy Advisory Service qui conseille les investisseurs institutionnels sur leur position de vote lors des assemblées générales. Dans ce cadre, elle publie chaque année ses recommandations. En 2002, elle a créé le Corporate Governance Quotient (CGQ) qui, si l’on en croit le site d’ISS, établit la notation de plus de 8000 entreprises dans 31 pays. Il est intéressant de noter qu’ISS a été racheté au début de 2007 par RiskMetrics, spinoff de JP Morgan spécialisé dans les techniques de Value at Risk pour constituer un groupe de gestion du risque financier très original. GMI (Governance Metrics international a été créé plus récemment (en 2002) et, comme ISS, publie des rapports sur les entreprises qu’elle suit et note.

Les approches de ces agences de rating ont récemment fait l’objet d’une recherche conduite par deux chercheurs de l’IAE de l’Université de Lyon (Fabrice ROTH et Amir LOUIZI). Présentée au dernier congrès de l’AFFI, leur étude s’intitule « Evaluation du Gouvernement d’entreprise par les Agences de Rating : Une analyse comparative des méthodes ».

Afin de mettre en lumière similarités ou différence entre les approches suivies, les auteurs ont utilisés la méthode de l’analyse en composantes principales (ACP). Les conclusions sont intéressantes : les approches sont loin d’être homogènes.

Ils distinguent trois groupes distincts :

  1. le premier est formé de S&P et GMI qui privilégient le droit des actionnaires extérieurs et le processus d’audit et de qualité de l’information financière;
  2. Le second est ISS dont l’angle d’analyse est avant tout le conseil d’administration;
  3. Enfin Fitch et Moody’s qui privilégient la politique de rémunération et la convergence des intérêts actionnaires-dirigeants.

Les auteurs s’étonnent que S&P et GMI soient dans le même groupe bien que les publics auxquels ils s’adressent soient très différents (les créanciers pour le premier et les actionnaires pour le second). Personnellement, je ne suis pas choqué et j'avais déjà abordé cette question dans mon article "Ne tirez pas sur agences de rating". Lorsque l'on regarde de près, la méthodologie d'une agence de rating est finalement très proche de celle d'un évaluateur et il me semble tout naturel qu’une agence de rating s’intéresse au sort des actionnaires minoritaires. Si l’entreprise prend des décisions inéquitables à l’égard de ces derniers, elle n’hésitera probablement pas à adopter la même attitude à l’égard de ses créanciers un jour ou l’autre !

vendredi 23 novembre 2007

Le contrôle interne, atout de l'execution stratégique d'une entreprise

Le vendredi 23 septembre, dans le cadre de la conférence des Echos sur le "Contrôle Interne : quelle contribution à l'efficacité opérationnelle ?" j'ai participé à une table ronde avec Pierre Rodocanachi, Membre du Comité d'audit et Président du Comité des Ressources Humaines de Vivendi. J'ai fait une présentation sur l'apport du Contrôle interne aux opérations de fusions-acquisitions. Je ne suis pas un spécialiste du contrôle interne (même si dans ma vie antérieure chez E&Y j'ai vendu une mission SoX !) : je dois donc être modeste sur ce sujet. Cependant, j'ai une conviction forte : le contrôle interne peut créer de la valeur.

L'une des clés de la création de valeur est la capacité de l'entreprise à exécuter sa stratégie : mieux vaut une petite stratégie parfaitement exécutée qu'une stratégie grandiose qui reste dans les cartons. Or, la fonction d'un contrôle interne moderne (tendance gestion des risques ou Entreprise Risk Management) est d'identifier les risques opérationnels et stratégiques et de définir les processus qui permettront de les gérer. Le contrôle de gestion est au centre de l'execution stratégique et représente un atout de confiance dans les relations que l'entreprise développe avec la communauté financière.

D'ailleurs, quelques études confirment l'importance de cette fonction pour le marché financier. Malheureusement, beaucoup ont été réalisées par des sociétés donnant quelques menus conseils dans ce domaine. Mieux vaut donc se tourner vers des professeurs de finance pour une recherche un peu moins biaisée. Dans "The Effect of Sox Internal Control Deficiencies on Firm Risk and Cost of Equity", Ashbaugh-Skaife et autres expliquent que :

We use unaudited pre-SOX 404 disclosures and SOX 404 audit opinions to assess how changes in internal control quality affect risk and the cost of equity. After controlling for other risk factors, we find that firms with internal control deficiencies have significantly higher idiosyncratic risk, systematic risk, and cost of equity. Our cost of equity change analyses document that auditor-confirmed changes in internal control effectiveness (including remediation of previously disclosed internal control deficiencies) are followed by statistically significant and economically important changes in the cost of equity that range from 50 to 150 basis points, depending on the analysis. Overall, the results of our cross-sectional and inter-temporal change analysis tests are consistent with effective internal controls being valued by the equity market.

Cet impact positif sur la valeur des entreprises s'explique pour plusieurs raisons :

  • un meilleur système d'information qui permet aux dirigeants de prendre de bonnes décisions
  • un marché financier mieux informé
  • une diminution de la volatilité des cash flows par une gestion des risques plus efficace.

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