L'International Valuation Standards Council qui s'est totalement rénové au cours des deux dernières années et qui est présidé par Michel Prada vient de publier son premier document majeur : "Guidance Note 4: The Valuation of Intangible Assets" que l'on peut télécharger à partir du site. Ce guide identifie les principales techniques d'évaluation utilisées par les évaluateurs notamment dans le cadre de l'application des IFRS. J'avais fait un certain nombre de commentaires sur l'exposure draft en 2007.
Tag - Intangibles
jeudi 4 mars 2010
L'IVSC publie une révision de son guide sur l'évaluation des actifs intangibles
Par Jean-Florent Rérolle le jeudi 4 mars 2010, 09:00 - Actualité de l'évaluation
dimanche 31 janvier 2010
L'évaluation en crise
Par Jean-Florent Rérolle le dimanche 31 janvier 2010, 06:35 - Techniques
Lors du premier workshop qu’il organisait, le groupement Finance
d'Entreprise des Anciens Elèves
d'HEC m'a invité à parler sur le thème de « l'évaluation en
(temps de) crise (?) ».
Les principaux points traités au cours de cette conférence (dont on peut
télécharger ici les transparents) ont été les suivants :
- Les entreprises font face à un besoin croissant d'évaluation:
l'introduction de la juste valeur dans la comptabilité a multiplié les
occasions pour les entreprises de s'interroger sur la valeur de leurs actifs et
les conduit à être plus attentives aux conditions dans lesquelles elles mènent
leur politique de croissance externe (une acquisition payée trop chère fera
nécessairement l’objet d’une dépréciation ultérieure. Par ailleurs, les
pressions qui s'exercent en faveur d'une meilleure gouvernance (défense des
intérêts minoritaires, activisme, montée en puissance des comités d'audit…)
sont autant de facteurs qui poussent les directions générales à être plus
attentives à ces questions de valeur ;
- Les approches d'évaluation sont à présent classiques et bien établies même
si la profession des évaluateurs reste hétérogène. Certes, il peut y avoir des
modes (comme par exemple celles qui ont vu le jour au moment de la bulle
internet dans les années 2000). Heureusement, il existe un consensus (une
convention dirait André Orléan) qui
s'est établi depuis 1938 avec l'économiste JB Williams selon lequel
la valeur d'un actif dépend de sa rentabilité et de son risque. Même la
méthode des multiples repose sur ces concepts ce que beaucoup d’évaluateurs
ne comprennent toujours pas vraiment ou surtout n'en tirent pas toutes les
conséquences ;
- Il a toujours existé des difficultés pratiques dans l'application des deux
grandes familles de méthodes que sont les approches analogiques et les
approches intrinsèques. Pour ne parler que la dernière catégorie, les
praticiens connaissent la difficulté de construire des plans d'affaires
couvrant une période suffisante pour capturer toute la dynamique opérationnelle
et financière des avantages compétitifs que l'entreprise doit construire pour
créer de la valeur. Nous avons également relevé avec Bruno Husson
les différences entre la vision comptable de la valeur d'usage et la pratique
des évaluateurs. Mais ces difficultés ne rendent pas l’exercice
d’évaluation pour autant vain. Les investisseurs comme les évaluateurs doivent
se prononcer dans un environnement pas nature incertain et faire des paris sur
l’avenir.
- Au-delà de ces difficultés traditionnelles, l'évaluateur est confronté à un
décalage grandissant entre les méthodes disponibles et la complexité qu'il
doit capturer dans son analyse. L'économie de l'immatériel rend les frontières
de l'entreprises poreuses et la rentabilité des produits / services plus
volatile (comment évaluer les performance lorsque
l’échange va au-delà du prix et du service ou du produit pour intégrer des
flux d’information et d’émotion ?). De même, si la globalisation permet de
construire plus facilement des avantages compétitifs, elle réduit la durée
durant laquelle cet avantage peut être maintenu.
- La crise a porté un dernier coup à l'évaluation en cassant la boussole du
marché et en réintégrant la contrainte du financement. L'illiquidité temporaire
des marchés a conduit à une remise en cause du concept de juste valeur et du dogme de
l'efficience des marchés qui, de manière tout à fait erroné comme la souligné
le rapport
Morand/Marteau constituait sa caution scientifique.
- Cette crise de l'évaluation doit nous inciter à changer notre approche à la fois comportementale et technique lorsque nous cherchons à déterminer la valeur d'un actif.
- Sur le plan comportemental, il faut que l'expert devienne
plus modeste. Il est d'ailleurs toujours moins bon dans des situations où le
raisonnement n'est pas linéaire et où les interprétations sont incertaines (je
renvoie le lecteur aux
commentaires passionnants de Michael Mauboussin sur le crédit qu'il
convient d'accorder aux experts). Son opinion n'est qu'une position parmi
d'autres, nécessairement subjective. Il doit en conséquence s'efforcer
d'encadrer cette subjectivité en accroissant la rigueur de ses analyses et en
étant plus transparent sur son raisonnement, ses hypothèses et les limites de
ses résultats.
- Sur le plan technique, il doit s’ouvrir à des domaines
jusqu’alors négligés : le risque dans toutes ces composantes (la
géopolitique ou la géo-économie peuvent par exemple enrichir l’analyse
concurrentielle), la
finance comportementale, les sciences de la
complexité, la
gouvernance financière… L’approche par scénarios multiples, les méthodes
optionnelles sont également des outils qui restent insuffisamment exploités. On
objectera que pour leur mise en œuvre est complexe et qu’elle dépend de
nombreuses hypothèses qui les rendent artificielles. Mais qu’est ce qui est le
plus éclairant : l’utilisation d’approches que l’on sait totalement
inadaptées ou bien le recours à des approches plus complexes qui permettent de
mieux comprendre dans quelles conditions la valeur se crée? Personnellement, je
pense que dans une situation d’incertitude, tout ce qui concourt à sa réduction
est une bonne chose.
J’ai terminé mon exposé par l’exemple du
Plan de restructuration de Thomson que je connais bien puisque c’est ma
banque, Houlihan
Lokey, qui a été désignée comme expert financier par le conseil
d’administration pour donner son opinion sur l’intérêt pour la Société et ses
actionnaires.
A l’occasion de cette expertise, nous avons montré qu’il était impossible d’évaluer correctement une entreprise en restructuration sans changer de manière substantielle les approches classiques. La valeur d’une entreprise en difficulté et sa répartition entre les différentes parties prenantes se déforment au cours du temps. L’évaluateur doit prendre en compte la dimension du financement dans toute sa complexité (liquidité, solvabilité, risque de défaut, coût de détresse financière, coût de financement, variation du levier au cours du temps, variation des économies fiscales, valeur de marché des différents types de dette…). Les approches DCF classiques sont trop brutales et restrictives pour être pertinentes. J’avais écrit avec Franck Bancel un article sur ce sujet auquel le lecteur intéressé est invité à se reporter (pour une version anglaise, cliquer ICI). L’expertise sur le Plan de restructuration de Thomson illustre notamment l’approche de l’APV (Adjusted Present Value ou valeur nette ajustée) et la prise en compte des coûts de détresse financière dans le calcul de la valeur de l’entreprise et celle de la dette.
dimanche 21 décembre 2008
Le débat sur la juste valeur : de l'illusion comptable au réalisme financier
Par Jean-Florent Rérolle le dimanche 21 décembre 2008, 07:11 - IFRS
L’opportunité de l'introduction de la juste valeur a toujours donné lieu à
d’intenses
débats en particulier pour leur application aux instruments financiers.
Mais la polémique a redoublé de violence depuis le début de la crise
financière. Il est apparu que la conjonction du principe de juste valeur d’une
part et de normes prudentielles bancaires s’appuyant sur la comptabilité
d’autre part, pouvait avoir un effet pro-cyclique. Plusieurs
dirigeants d’institutions bancaires ou d’assurance se sont empressés d’envoyer
les normes comptables dans le box des accusés avec les agences de notation et
les fonds alternatifs. Il faut dire qu’il est plus facile de critiquer le
référentiel comptable que les normes prudentielles lorsque l’on est sous le
joug des superviseurs bancaires.
Pourtant, de manière significative, le principe de juste valeur n’a pas subi
les foudres des dirigeants du G20. La
déclaration publiée à la suite du Sommet du 15 novembre 2008 reste
silencieuse à leur endroit, même si les autorités comptables sont appelées à
« œuvrer à l'amélioration des lignes directrices pour la valorisation des
titres en tenant compte de l'évaluation des produits complexes illiquides, en
particulier en période de tension sur les marchés financiers ».
L’un des mérites de cette crise nous semble avoir été de clarifier le débat
(à défaut d’avoir permis l’émergence de solutions totalement claires et
opérationnelles !) sur deux points principaux qui marquent la fin d’une
certaine utopie comptable et le retour à un réalisme financier :
- Conceptuellement, établir un bilan qui puisse ou même doive refléter de manière réaliste la valeur de marché des entreprises est une ambition démesurée. Le marché est trop complexe pour se laisser capturer dans un système comptable.
- La mise en œuvre d’une évaluation suppose une part importante de jugement.
L’encadrement de ce processus par un référentiel comptable est dangereux. Les
prescriptions imposées aux évaluateurs ont ainsi été logiquement et sagement
assouplies.
Je viens d'écrire un article sur ces questions dans la Revue Trimestrielle de Droit
Financier. Les principaux arguments développés dans cet article sont les
suivants :
Sur le premier point, il faut rappeler que la comptabilité a avant tout pour
fonction d'informer les investisseurs sur la situation financière de
l'entreprise à un moment donné (voir l'étude de la
récente étude de l'Edhec sur ce sujet). C'est à l'investisseur de procéder
à sa propre évaluation. Lorsque les comptes sont publiés, le marché a déjà fait
son travail de découverte du prix en fonction des informations qui lui ont été
données (théoriquement, l'entreprise n'a pas attendu la publication des comptes
annuels pour l'informer de toutes les informations clés qui pourraient avoir un
impact sur le cours). En tout état de cause, les règles comptables sont encore
telles que les bilans présentent une hétérogénéité qui leur interdit toute
prétention à refléter la réalité de la valeur de marché de
l'entreprise.
Mais il y a un élément plus important que la nature de la comptabilité : c'est tout simplement que la complexité des mécanismes économiques et financiers ne se laissent pas facilement capturer dans un système comptable ou même une évaluation. Evaluer des actifs est plus compliqué que jamais.
Comme l’a dit Christian Noyer, « à bien des égards, la crise actuelle est une crise de valorisation ». La crise de l’évaluation résulte de la complexité croissante des mécanismes de création de valeur, de la dynamique itérative qui existe entre valeur de marché et valeur fondamentale et enfin de l’inadaptation croissante de nos modèles mentaux au nouveau paradigme de la valeur.
Sur le second point (l'encadrement du processus de l'évaluation par la
comptabilité), j'ai déjà dit ailleurs ce que j'en
pensais. Les auteurs des prescriptions que l'on trouve dans les référentiels
comptables n'étaient manifestement pas des évaluateurs. Et, malheureusement les
auditeurs et les régulateurs (boursiers et comptables) peuvent avoir tendance à
procéder à une surenchère prudentielle.
Je crois que la consécration de la juste valeur dans la comptabilité est
plus un facteur sclérosant que revigorant pour la pratique de l’évaluation.
Certes, une conception économique de la comptabilité est préférable à une
vision purement historique. Mais il est illusoire et dangereux de figer des
approches d’évaluation dont certaines sont d’ores et déjà partiellement en
décalage avec la logique financière classique .
La crise récente a mis en lumière les difficultés d’évaluation d’un certain nombre d’actifs financiers qui avaient pourtant été construits sur la base de modèles financiers sophistiqués. Les mêmes difficultés ont été constatées pour l’évaluation d’actifs réels plus classiques.
La diversité des modèles de développement et la complexité des interactions entre marchés réels et marchés financiers rendent illusoire la fixation d’une approche d’évaluation universellement et continuellement applicable.
En réalité, le fond du débat doit être celui de la transparence.
L'évaluation en juste valeur doit être l'occasion pour le management de
présenter au marché sa conviction sur les paramètres clés de la valeur des
actifs de l'entreprise. Les évaluations doivent être effectuées suivant les
approches les plus pertinentes possibles et non celles qui sont prescrites par
les normes comptables.
Les investisseurs ne se font pas d’illusions sur la solidité des justes valeurs publiées par les entreprises. Pour le pratiquer eux-mêmes, ils savent que le processus d’évaluation est très subjectif. Lorsque l’entreprise procède à l’évaluation de ses actifs, elle porte un jugement sur un grand nombre de paramètres. Il s’agit d’une simple opinion, certainement mieux informée que la plupart des intervenants, mais qui reste fragile et qui sera probablement démentie dans le futur.
Le vrai problème de l’investisseur est celui de l’asymétrie d’information avec le management de l’entreprise. De ce point de vue, l’utilisation des approches marked-to-model qui doit, en vertu des normes comptables, s’accompagner d’une transparence supplémentaire est plus utile à l’investisseur que la publication d’un cours que ce dernier connaît déjà (et qui est obsolète depuis des mois).
vendredi 18 janvier 2008
Evaluer l'insaisissable
Par Jean-Florent Rérolle le vendredi 18 janvier 2008, 19:16 - Finance
L’évaluation des intangibles est un sujet brûlant pour des raisons comptables et stratégiques. Dans le cadre de leurs obligations comptables, les entreprises doivent s’interroger annuellement sur la valeur recouvrable de leurs actifs tangibles et intangibles. Par ailleurs, en raison de la place croissante des actifs intangibles dans le modèle de développement des entreprises, les directions générales sont incitées à mieux les appréhender afin de mieux les gérer et de mieux communiquer au marché la réalité financière de l’entreprise.
J’ai récemment traité de cette problématique dans un article d’Echanges, la revue de la DFCG (Association des Directeurs Financiers et des Contrôleurs de Gestion), article intitulé : "Evaluer l'insaisissable : mission impossible?". Je ne cache pas mon scepticisme devant les méthodes utilisées habituellement par les évaluateurs. Face aux difficultés méthodologiques que l'on rencontre dans ce domaine, l'évaluation doit être plus que jamais un outil d'analyse au service de la stratégie (même s'il faut souvent conclure par une valeur, l'humilité est nécessaire dans ce domaine ô combien complexe).
Au bout du compte, je pense que le marché financier est probablement le plus qualifié pour mettre un chiffre sur l'intangible. C'est d'ailleurs ce qu'il fait tous les jours: > La capitalisation boursière totale du CAC 40 s’établit à 1 309 Mds € au 31 décembre 2006, la valeur comptable de l’indice à 600 Mds €. Les actifs incorporels, y compris le goodwill, représentent 427 Mds € au sein des bilans du CAC 40, soit 32,6% de la valeur boursière totale. Le goodwill représente 60% du total des actifs incorporels. (Source: Profil Financier de l'entreprise du CAC 40, Ricol & Lasteyrie) Mais pour être sûr que la valeur des intangibles reflète la réalité, il est de la responsabilité des entreprises de donner au marché les informations financières et non financières dont il a besoin : le marketing actionnarial devient alors une fonction essentielle de la direction financière.
dimanche 23 septembre 2007
De nouveaux standards pour la valorisation des intangibles
Par Jean-Florent Rérolle le dimanche 23 septembre 2007, 20:27 - Actualité de l'évaluation
Après avoir publié en juillet dernier une nouvelle version de
ses standards, L'International Valuation Standards Committee (IVSC) récidive :
il vient de diffuser un document soumis à la discussion du public sur la
détermination de la juste valeur des actifs intangibles dans le cadre des IFRS.
Ce document concerne IFRS 3, IAS 36 et 38.
Ce document sera utile au débat car les praticiens continuent de se poser
de multiples questions sur la façon d'appliquer concrètement les standards IFRS
en matière d'évaluation d'actifs tangibles et intangibles. Il est publié à un
moment où le sujet loin d'être stabilisé (la phase II du projet "Business combinaisons" est encore active et l'IASB a lancé
une consultation sur un standard IFRS 3 amendé d'une part et sur la mesure de la juste valeur dans la foulée de celle du FASB).
Après un certain nombre de considérations sur l'interprétation de différents
concepts (caractéristiques des actifs intangibles, marchés actifs et inactifs,
les acteurs du marché-"markets participants", la définition de la juste valeur,
la séparabilité des actifs intangibles), le document présente les différentes
méthodes d'évaluation possibles.
L'IVSC définit traditionnellement 3 catégories de méthodes : la "Sales
comparison" ( terminologie propre aux évaluateurs immobiliers qui vise les
méthodes fondées sur les transactions), l''income capitalisation approach" et
l'approche par les coûts".
Notant que les actifs intangibles sont souvent uniques, l'IVSC considère que
la "Sales comparison", et plus particulièrement la méthode des transactions
similaires n'est pas très adaptée et, qu'en conséquence, elle ne peut être
utilisée que pour corroborer les résultats obtenus par une méthode
intrinsèque.
Des développement sont ensuites consacrés aux principales techniques
utilisées dans l'approche de l'"income capitalisation" :
- la méthode des redevances ("relief from royalty method")
- La méthode du surprofit
- La méthode des cash flows
Enfin, le document présente l'approche par les coûts (essentiellement la
méthode de remplacement) qui permet d'établir la valeur maximale de l'actif
intangible.
A noter quelques points intéressants :
- le constat que "under SFAS 157, most valuation assumptions for intangible assets would be Level 3 inputs"
- la claire préférence pour l'income capitalisation approach
- la définition du "willing buyer" et du "willing seller" dans IVS 1 reprise dans IAS 40
- un exemple d'ajustement de la valeur lorsque, dans certains pays, il est possible de réaliser des économies fiscales en amortissant l'actif intangible (TAB : "tax amortisation benefit")
- un exemple de calcul de la "contributory asset charge" , calcul qui est nécessaire lorsque la méthode des cash flows est utilisée (pour ajuster le résultat afin de ne conserver que la valeur de l'actif intangible). Un exemple de calcul du WARA ("weighted average rate of return on assets") qui doit être rapproché du WACC de l'entité est également donné dans la section 6.
- la section 6 sur la détermination et le "benchmarking" des données utilisées pour l'évaluation (en particulier les développements sur l'analyse des redevances sur des actifs "similaires")