La gouvernance : réducteur de risque ou facteur de progrès ?
Par Jean-Florent Rérolle le mardi 2 août 2011, 00:24 - Gouvernance - Lien permanent
Il est encore trop tôt pour savoir quelles sont les initiatives que l’Union
européenne va prendre dans les mois et les années qui viennent dans le domaine
de la gouvernance d’entreprise, mais on peut
s’attendre à quelques mesures structurantes. Le sujet n’est-il pas identifié
dans le livre vert de Michel Barnier« The
EU corporate governance Framework » comme un « élément
essentiel » de la confiance des européens à l’égard du marché
unique ?
La consultation lancée sur ce document
vient juste de s’achever. Elle abordait un très grand nombre de thèmes répartis
en trois chapitres placés par la Commission « au cœur » de la
gouvernance : le conseil d’administration, l’implication des actionnaires
et l’application de l’approche « comply or
explain ».
Si ce document a le mérite d’avoir très largement ouvert le débat, il
comporte deux lacunes importantes :
1. La préconisation aveugle de pratiques dont l’efficacité n’a pas
toujours été démontrée par la recherche académique :
Grâce à l’action militante de grands investisseurs anglo-saxons (comme
Calpers) relayées par les agences de proxy, la gouvernance d’entreprise a pris
corps autour de « bonnes
pratiques » convergentes internationalement. Quelque soit sa taille,
sa nationalité, son secteur, les caractéristiques de son actionnariat, son
histoire ou sa culture, la société cotée est invitée à respecter certains
principes : séparation du Président et
du Directeur général ou désignation d’un « lead
director », diversité du recrutement, indépendance des administrateurs,
limitation des mandats, etc…
Mais la recherche académique qui est très prolixe sur ces questions (plus de
5000 documents sur le site SSRN), est loin
d’être affirmative sur les bénéfices supposés de ces principes d’organisation.
On en trouvera une excellente revue dans un livre qui vient d’être publié par
David Larcker et Brian Tayan
(« Corporate governance matters »
(vidéo de présentation). Si les études convergent sur quelques questions comme
les bienfaits de l’indépendance des comités, de la présence d’experts
financiers ou les dangers du cumul des mandats, elles ne sont pas conclusives
sur certains thèmes tabous comme l’indépendance du Président ou des
administrateurs, l’existence d’un administrateur référent, la diversité ou la
féminisation des conseils.
Il ne s’agit pas de remettre en cause systématiquement ces
« bonnes » pratiques sous prétexte que leurs vertus ne sont pas
démontrées, mais il faut les mettre en place (ou suivre une autre voie) après
une véritable réflexion qui doit être expliquée clairement aux
actionnaires.
2. une focalisation exagérée sur l’administrateur-contrôleur au
détriment de l’administrateur-conseil de la direction
générale
La gouvernance d’entreprise est née de la théorie de l’agence qui part du principe que le
dirigeant d’entreprise non actionnaire doit être strictement contrôlé par ses
mandants afin d’éviter qu’il ne les lèse. Nos conseils d’administration ont
donc une vocation essentiellement disciplinaire. Cette approche a été renforcée par
les crises successives qui ont toutes montré l’insuffisance des réglementations
antérieures et ont incité les régulateurs à augmenter sans cesse le pouvoir de
contrôle des conseils. C’est ainsi que depuis une dizaine d’années le débat
s’est très largement focalisé sur la gestion
des risques. La création obligatoire d’un comité d’audit dont la compétence est strictement
encadrée et limitée au suivi « du processus d’élaboration des
comptes » et « de l’efficacité des processus de contrôle interne et
de contrôle des risques » est une illustration de cette tendance
lourde.
Le rôle de « conseil » du conseil d’administration est ainsi
progressivement occulté bien qu’il découle clairement des pouvoirs qui lui sont attribués par la loi. Or, le
conseil n’est pas seulement chargé d’appuyer sur le frein. Il doit aussi
contribuer positivement au développement de l’entreprise.
Une étude sur « The costs of intense
board monitoring » (Olubunmi Faleye, Rani Hoitash, Udi Hoitash) a
montré que si les mesures habituellement prises pour mieux contrôler les
dirigeants sont généralement efficaces (changement des dirigeants plus sensible
aux performances des entreprises, augmentation plus raisonnable des
rémunérations, moins de manipulations de résultats …), elles ont un coût pour
les entreprises les plus complexes: des conseils stratégiques moins nombreux et
pertinents et une myopie managériale qui se traduisent par des performances
moins bonnes en matière de fusions acquisitions et d’innovation et, au total,
une érosion de la position concurrentielle de l’entreprise et une destruction
de valeur actionnariale.
A l’heure où nos économies sont à la recherche d’une croissance plus forte, les régulateurs pourraient peut être se demander non pas comment nos conseils peuvent éviter la prochaine crise, mais plutôt comment ils peuvent contribuer à la relance de nos entreprises.
Cet article a été publié dans La Tribune du 3 août 2011 (avec une erreur dans le titre ... :-(( )
Commentaires
Il est évident que les bonnes pratiques de gouvernance d'entreprises doivent d'abord se focaliser sur la création de valeur pour les stakeholders avant de s'intéresser à la conserver. Mais vous avez raison de souligner qu'il y a une dérive actuellement.
Il y a aussi une dérive me semble-t-il qui consiste à se focaliser uniquement sur les conseils d'administration. La gouvernance d'entreprise est l'affaire de tous les acteurs et notamment de tout l'encadrement de l'entreprise qui se doit de mettre en oeuvre des bonnes pratiques de gouvernance dans tous les processus de l'entreprise.
Sur ces 2 points, je me permets de citer le guide suivant :
http://www.lacademie.info/content/d...
Bien cordialment
Quel plaisir de vous lire
Et que ce sujet est interessant
Je suis Analyste ISR et je partage votre point de vue
Que pensez vous neanmoins des inidicateurs de gouvernance suivants:
Sont ils reducteurs de risques ou facteurs de progres?
-executive variable remuneration tied to E and S performance targets
-board oversight of E ans S issues
-compensation committee independence
-claw back policy for bonuses
-capped remuneration